06.07.2009

Résume du voyage d'Entrecasteaux sur la côte ouest de la Nouvelle-Calédonie

Résumé du séjour à Balade de l'expédition sous l'Amiral Antoine de Bruny, Chevalier d'Entrecasteaux.

 

Je tenterais au mieux de donner l'essentiel et de constituer un résumé du séjour d'Entrecasteaux sur la nouvelle terre découverte auparavant par Cook en Nouvelle-Calédonie. Mais avant ceci, quelques mots sur le personnage.

 

Joseph Antoine Bruny d'Entrecasteaux est né au château qui porte son nom en 1737 et était de noblesse assez récente. Jeune, celui-ci se préféra à la vocation de marin et donc entre dans la marine en 1754 – il a alors dix-sept ans. Grâce à ses études chez les jésuites, il est très rapidement fait officier. Très vite et par divers aléas familiaux, dont le fait que son neveu ait assassiné sa conjointe, il fut nommé commandant de la station de la mer des Indes ; au terme de son poste, il devint gouverneur de ce qui est devenu l'île Maurice et la Réunion. Il est finalement nommé contre-amiral le lendemain du départ de l'expédition le 30 septembre 1791. Il meurt pendant l'exploration de la côte ouest de la Nouvelle-Calédonie le 20 juillet 1793 de la scorbut. Son nom n'a pas dans l'histoire de la France la place qui lui revient et la lignée des d'Entrecasteaux est, hélas, aujourd'hui éteinte.

 

« Le mouillage à Balade » est une chronologie de l'expédition tenue par d'Entrecasteaux en tant que contre-amiral du 17 avril au 08 mai 1793. Il est alors vieilli et fatigué mais garde encore la force de diriger les équipages des deux navires explorateurs qu'il maîtrise et portent alors les noms de la « Recherche » et de « L'espérance ». Je relaterais en bref les événements importants vécu chaque jour par l'expédition. On notera alors une évolution du caractère social entre les explorateurs et les indigènes, de l'arrivée pacifique jusqu'aux premières atteintes physiques. Je m'attarderais également quelque peu sur les notations utilisés dans cette chronologie dont certaines certaines occurrences méritent que l'on s'attarde sur elles.

 

17 avril.

D'Entrecasteaux vogue jusqu'en Nouvelle-Calédonie malgré un très mauvais temps. Ils l'atteignent mais n'y mettent pas pied.

 

18 avril.

D'Entrecasteaux recherche la passe de Balade trouvée par L' « Espérance », ils cherchent l'îlot de l'Observatoire qui correspond à l'îlot Poudioué. Après un bref incident venu à L' « Espérance », ils virent qu'une « double pirogue se mit aussitôt à la voile » en début d'après-midi. « Elle était montée par onze naturels […] et nous montrèrent quelques morceaux d'étoffe banche qu'ils agitèrent, en se tenant toujours à plus de deux cents mètres de distance de notre vaisseau. » On note l'usage du terme « naturel » pour désigner les autochtones de la région. Ces hommes étant probablement aux yeux de l'équipage des archétypes du « bon sauvage », ils emploient alors « naturel » pour les désigner, ces êtres humains qui vivent, pensent-ils, en parfaite harmonie de la nature. On pense que d'Entrecasteaux n'est pas étranger à la littérature de Montaigne étant donné qu'il s'avère être un homme cultivé et c'est tout justement ce qu'il attend de voir : si ces hommes sont vraiment de « bons sauvages ».

 

19 avril.

Un nouvelle pirogue s'approche de la « Recherche » et l'équipage au bord du vaisseau engage les indigènes à monter à bord. Très vite, c'est une cinquantaine d'individus qu'ils accueillent avec qui ils entament un premier frugal commerce : l'échange d'un poisson contre une noix de coco. Il est décrit qu'ils ne furent « ni fatigants, ni désagréables, aucun penchant pour le vol... ». Ils sont maigres, ont l'air misérable et semblent souffrir. Ils échangent de leurs armes contre de leur nourriture. Les premiers contacts laissent l'expédition optimiste ; il en fut de même sur L' « Espérance ».

 

20 avril.

Des naturels reviennent à bord de la « Recherche », affamés. Ils offrent des femmes, ce qui ne correspond pas vraiment à leur comportement envers Cook lorsqu'était venu celui-ci. A bord de L' « Espérance », plusieurs naturels ont été surpris en flagrant délit de vol.

 

21 avril.

Ils visitent l'îlot Poudioué a, depuis Cook, perdu de son boisement. Le commandant d'Auribeau débarque à l'endroit même où Cook posa pied. Il trouva, avec l'aide de quelques naturels, une source d'eau pure, celle de Cook. A son retour il apprend que les naturels ne sont pas que des voleurs, mais de confirmés anthropophages.

 

22 avril.

D'Auribeau écrit qu'un indigène, le matin « vint offrir à des officiers un morceau de chair humaine qui était enveloppé dans une feuille, et un autre avait un morceau de peau grillée qu'il donna : mais ils firent entendre qu'ils ne mangeaient que leurs ennemis... » La Billardière, un des capitaines accompagnés de naturalistes rencontrèrent des autochtones qui leur offrit à déjeuner : de la viande humaine. « Quelques uns se rapprochèrent des plus robustes d'entre nous, écrit-il, et leur tâtèrent à différentes reprises les parties les plus musculeuses des bras et des jambes en prononçant Kaparek d'un air d'admiration et même de désir, ce qui n'était pas trop rassurant pour nous. […] Les naturels ne se montraient agressifs que s'ils se sentaient très supérieurs en nombre. » Certains volent le sabre et le chapeau d'un des membres de l'équipage, ceux qui étaient de corvée d'eux virent un naturel s'avancer parmi eux, se saisirent d'une hache et fuir. D'Entrecasteaux avait ordonné de n'en venir à l'effusion de sang qu'en ultime recours. En fin de journée, deux lieutenants et quelques hommes se promenaient quand soudain plus de trois cents naturels surgirent, armés et s'apprêtèrent à frapper quand trois chefs vinrent et empêchèrent le massacre. Un rapide tropc fut établi et d'Entrecasteaux conclut « ce peuple dont on avait fait un si grand éloge, et que l'on avait dépeint comme doué d'un caractère doux, rentre donc dans la classe des peuples les plus féroces. » D'Auribeau s'inquiète et estime « que nous serions inquiétés à chaque instant si l'on ne vient pas à un exemple nécessaire. »

 

23 avril.

C'est le jour de l'épreuve de force. D'Entrecasteaux ordonne d'aller chercher de l'eau et du bois et c'est au cours de l'ouvrage que, malgré les gardes rapprochées instaurées sous les directions des capitaines que de nombreux groupes de naturels armés les suivirent et les surveillèrent. Ils assaillèrent le porteur de haches qui fut alors défendu ; aucune arme à feu ne fut utilisée mais tous fuirent sous le nombre impressionnant de trois cents têtes insulaires. Finalement, quelques coups de feu sont tirés afin de les dissuader, deux naturels seront blessés à la cuisse. D'Entrecasteaux, afin de les intimider, fait tirer deux coups de canons et la tranquillité revint sur les rives. D'Auribeau explique l'événement ainsi : « La connaissance que M. Cook a laissé des objets en fer, leur en a fait connaître le prix ; une hache est pour un naturel un objet d'un prix inestimable. La quantité qu'ils en ont aperçue aux travailleurs leur a fait concevoir le téméraire dessein de les enlever de force. Les vols commis la veille et leur impunité, toutes ces raisons les déterminèrent sans doute à attaquer ».

 

24 avril.

 

D'Entrecasteaux, resté à bord de la « Recherche » depuis leur arrivé descend à terre. Son escorte est renforcé afin de donner une idée de sa puissance ; les naturels, en face, derrière leur ligne de démarcation sont une cinquantaine et ne s'approchent pas. L'amiral leur donne des biscuits et eux montrent leur faim en passant leur main sur leur ventre plat. La Haie, un jardinier botaniste, plante quelques graines européennes expliquant que « si elles réussissent, [elles] pourront fournir à ces misérables Indiens, de quoi ajouter à leurs moyens d'existence ».

 

25 avril.

Vingt-huit personnes, dont les naturalistes et les hydrographes réalisent la même excursion que Cook avant eux en 1774 : l'ascension de la montagne qui domine la Balade. Les naturels leurs expliquent que les gens de l'autre côté sont leurs ennemis. « La Billardière fit une précieuse récolte de plantes parmi lesquelles il s'en trouve plusieurs qui constituaient un genre absolument nouveau, en particulier le dacrophyllum verticillatum, qu'il décrit longuement. Riche [un des naturalistes] trouva pour sa part de nombreux échantillons minéralogiques ». Ils établissement des repères spatiaux et complètent des cartes géographiques.

 

26 avril.

Beaucoup de naturels vinrent à bord et précisèrent qu'ils ne faisaient pas parti de l'assaut dernier et même qu'ils avaient mangés deux d'entre eux. Ils leur montrèrent un petit couteau oublié par Cook et Forster et eux s'en servaient afin de découper leurs adversaires. Il leur montre alors l'ensemble de leurs procédés de cannibale et expliquent que les parties les plus musculeuses leurs étaient des mets très agréables.

 

« D'Entrecasteaux souligne au contraire au contraire leur extrême misère physiologique, leur cannibalisme, leur agressivité et leur tendance au vol. Ce fut une grande déception pour tous – y compris l es matelots – qui s'attendaient à une escale pacifique et sans histoire. »

Par ailleurs, tous furent d'une grande déception de constater que les indigènes qu'ils rencontrèrent alors en Nouvelle-Calédonie étaient bien loin de ressembler aux portraits qu'en avaient dressés les explorateurs Cook et Forster.

Ils subissent la famine au quotidien, demandant toujours à manger aux nouveaux explorateurs. Ils sont décrit par « leur face bestiale, leur front déprimé, leur regard de cannibales ».

Il semblerait également que leur anthropophagie ne soit pas un résultat de la famine qui frappe le pays au point que ses habitants en deviennent géophages, mais bien une marque de victoire sur leurs adversaires qui, après un conflit mortel, devenaient la nourriture du vainqueur. D'après d'Entrecasteaux, sur chacune des îles des états insulaies où ils mirent pied, ce fut toujours les naturels qui développaient une certaine agressivité envers les nouveaux venus ; mais il est à noté qu'ils n'étaient agressifs qu'uniquement lorsque leur nombre imposant le leur permettait : lorsqu'ils n'étaient qu'un petit nombre, ils devenaient dociles voir coopératifs.

Les membres de l'équipage de l'amiral d'Entrecasteaux pensaient alors au fait qu'une révolution s'opéra alors à Balade entre 1774 et 1793. Ce qui soutient cette thèse est alors l'absence de vestiges laissés par Cook avant eux, si ce n'est leur connaissance du fer et de certains animaux, mais il n'en reste visiblement plus rien. Ils conclurent qu'ils étaient en guerre sur tous les fronts de leur habitat et que des années de sécheresse mais principalement une guerre ravageuse seraient à l'origine de cette incroyable différence du peuple rencontrée par Cook et celui-ci vu par d'Entrecasteaux.

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