29.03.2009
Journal d'un suicidaire (?) - Partie Une.
Je déteste les gens. Mais ça, tout le monde le sait. Le problème étant que depuis si longtemps déjà que cette haine occupe mon esprit, une souffrance intrinsèque augmente, s’articule, s’amplifie ; plus mon existence s’affirme dans cette société que je méprise, et plus je songe avec un sérieux croissant à disparaître. Ma disparition me serait d’un très grand bien. J’aimerais partir. Loin. A jamais. Seul, ou accompagné d’une seule, ou de deux personnes. Partir à tout jamais. Pire : mourir.
Mourir. J’eus songé aux conséquences, et cela me freine. Je ne veux pas faire montre de cet égoïsme latent et individuel qui fait de moi un être humain. J’aimerais disparaître, oui, physiquement au possible. Sans doute un cocktail médicamenteux pourrait m’y aider ; sans doute les couteaux de ma cuisine non loin de moi pourraient m’y aider ; sans doute une corde pourrait m’y aider ; sans doute… Toutes ces solutions sont offertes à moi, et rien ne me retient de passer à l’Acte. Pourtant, non. Pourquoi ne le fais-je pas ? Je quitterais enfin ce monde que je hais ; ce monde où les gens m’insupportent ; je n’aurais plus jamais à subir la bêtise humaine et plus jamais je n’aurais à être attristé pour leur médisance. J’aimerais tout quitter, mais ce n’est pas possible.
Cette femme me trouble. Je suis sûr qu’elle me comprendrait, et même, simplement, qu’elle voudrait m’aider à trouver une solution pour partir. Je ne sais pas si elle en est la cause ; j’ai eu l’impression d’avoir trouvé un bonheur certain, pourtant, illusoire, certes, mais bienheureux ; mais le désir de la mort n’est lui-même pas mort, et comme dirait Lovecraft, n’est pas mort ce qui à jamais dort. Depuis toujours cette volonté dort, mais non, elle n’est pas fidèle à la Mort. Ma tête tourne, mon regard se trouble. J’ai envie de me mettre à pleurer, mais je ne sais pas vraiment comment peut-on faire. Comment pleurer ? Utiliser les mécanismes physico-psychiques pour verser des larmes me semble plus difficile qu’à l’accoutumance. Alors, comment ? Ce que j’écris, ici, maintenant, est-ce un appel à l’aide ? Une demande de secours ? La volonté de suicide d’un misanthrope qui s’accompagne d’une demande d’aide ? C’est sinistre, noir, terrifiant, âcre, révoltant ; et pourtant, c’est là un des principes qui m’accompagnent : juste mourir.
La vie vaut-elle réellement la peine d’être vécue ? Dans une situation comme la mienne, ou plus rien ne nous importe vraiment, ou la réalité que l’on préfère est celle de nos créations, et où l’importance qu’on accorde aux gens est tel qu’on préférerait les voir disparaître… Bref. Ce que je suis en train de faire est-il qualifiable d’introspection ? L’auto-psychanalyse de soi-même est loin de relever de l’évidence. Après tout, peut être que le trop grand nombre d’échecs amoureux est-il en rapport avec ma façon de penser ? Peut-être bien même que je me cache derrière ma haine pour les êtres humains, me cachant de la véritable haine que j’accorde à l’amour ; peut-être bien que quelque chose en mon âme est désormais, vraiment cassé, et que je ne puis plus trouver ce qui le réparerait. Je songe, je songe, je songe à la mort, et celle-ci ne vient pas. C’est d’autant plus normal qu’elle ne viendra que si je l’appelle. Au fond de moi subsiste l’idée que la vie DOIT me donner quelque chose qui me montre qu’elle vaut la peine d’être vécue, même pour moi.
Souvent je me pose la question relative à l’exécution des tueurs. Méritent-t-ils réellement leur sort ? Sans doute, oui, mais pourtant, une opinion positive ne suffit pas, le problème est bien plus complexe que cela. Mais eux, enfermés dans leur cellule, attendent l’injection létale. Moi, mon injection létale, c’est la vie elle-même, ce sont les gens, ce sont ces espèces d’êtres humains abrutis et hais qui font de la société ce qu’elle est, le fruit pervers d’une représentation sordide de leur pêché et de leur goût de la domination mentale et artificielle. Ils me donnent la nausée.
Ma tête tourne de plus en plus. Je ne me sens plus très bien. Par ailleurs, elle aussi ne se sent pas bien. Est-ce en rapport avec moi ? Est-ce en rapport avec ce qui a été dit ? Suis-je un facteur provocateur, un germe malsain, un misanthrope maudit et maudissant ? Je le crains ; non, je crains le pire ; pire que je ne veux pas pour elle.
J’aimerais partir, loin, très loin. Tout quitter, à l’abandon total de tout.
Je ne sais plus vraiment quoi écrire concernent ce problème. J’entame là ce que j’appelle le journal d’un suicidaire. Un suicidaire est défini comme une personne prédisposée à se donner la mort. Oh, ça, pour en être prédisposé, je le suis, mais passer à l’acte, j’en doute fort. Simplement que toutes mes haines doivent plus ou moins s’extérioriser d’une manière ou d’une autre. Et là, elles se manifestent sous cet angle : la volonté d’embrasser la Mort. Je hais les gens, les religions, leur crédulité, leur imbécilité, leur manque d’intelligence, de savoir-vivre… Vous pensez que je pense me valoir mieux qu’eux ? Détrompez-vous, pour les gens, je fais partie des gens, et ça, c’est assez dur à accepter.
Ma tête tourne moins. Je me sens juste très fatigué. Prêt à rejoindre Morphée, frère de la Mort. Ceci sera ma consolation. Le reste, le désespoir d’un lendemain différent. Rien n’est jamais facile… J’aimerais juste pouvoir oublier. Changer. Délaisser.
Tout quitter.
13:26 Publié dans Journal d'un suicidaire (?) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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