10.03.2009

05 - Histoire de la littérature française du XIXe siècle

Histoire de la littérature du XIXe siècle (séance cinq)

Les poètes de la seconde partie du XIXe.

Charles Baudelaire (1821 – 1867)

Sa mère devient veuve quand il a cinq ans, son père était un peintre. Elle se remarie avec un officier que Beaudelaire déteste : le fameux colonel Aupick. Il est important de voir que son père était artiste, il y a donc un rapport avec la création et l’imagination.

Le brave Charles est envoyé en pension par les parents. Baudelaire fait de bonnes études. Il a même un prix de latin au concours général, mais il ne se passionne pas pour la réussite scolaire et ce qui lui plaît c’est d’être artiste. Rapidement il choisit sa vocation d’artiste. Il commence par publier ses premiers poèmes à vingt ans dans des revues. Ils seront repris ultérieurement dans un recueil paru en 57, « Les fleurs du mal ».

A vingt ans, il décide de vivre du petit héritage de son père, sans travailler, en artiste. Mais le Colonel Aupick n’a pas du tout l’intention que le fils de sa femme soit un artiste dépensier, et donc commence par l’envoyer sous les tropiques en l’embarquant sur un bateau vers les Indes. Il prend le bateau pour aller à la Réunion. Il découvre l’île Maurice également.

Quand il revient à Paris après six mois, un an de voyage, il s’éprend d’une jolie femme métisse qui s’appelle Jeanne Duval. Mais cette femme demeure un peu libre, et lui en fera voir de toutes les couleurs. Elle sera souvent chantée dans ses poèmes. La beauté féminine dans ses poèmes lui correspond souvent. Baudelaire finit par pouvoir utiliser l’héritage de son père quand il a atteint 23 ans, et cette fois, il peut vraiment mener sa vie de bohême. Il fréquente les peintres, les artistes et les écrivains, il devient l’ami de Théophile Gautier. Il va lui dédier Les fleurs du mal.

Le brave Baudelaire s’endette à force de dépenser son argent ; pour éviter qu’il en fasse d’autre (de dépenses), il est soumis à un conseil judiciaire. Il ne pourra plus dépenser son argent comme il veut. C’est un notaire qui contrôle ses dépenses.

L’œuvre de Baudelaire est assez variée. Il n’a pas écrit de véritable roman mais il se diversifie en poésie diversifiée, en petites proses, et articles littéraires et même quelques nouvelles. Il se lance également dans la traduction d’auteurs anglais, et en particulier, Edgar Poe.

Pendant une petite période, il fait de la politique, au moment de la révolution de 48. Il entretien une liaison un peu passionné avec une grande bourgeoise, Madame Sabatier. Il traduit de nombreux textes de Poe : Nouvelles histoires extraordinaires en 67 par exemple. Il traduit pratiquement presque toute son œuvre. Il le fait car il se sent très proche de lui d’un point de vue esthétique et moral.

Enfin en 1857, quand il a trente-six ans, il publie son recueil « Les fleurs du mal » qui comporte cent poèmes, qui reprend des poèmes qui ont été écrits depuis quinze ans dans un ordre très particulier. Immédiatement, il y a huit poèmes qui sont censurés pour atteinte aux bonnes mœurs. En effet, Baudelaire avait proposé une série de poèmes un peu érotique, mais surtout, ils mettaient en scène de façon assez peu cryptée le lesbianisme.

[Il faudra attendre 1945 pour que l’interdiction soit levée.]

Il publie des textes un peu philosophiques, des textes de critiques littéraires, et aussi un texte connu sur la drogue intitulé « Paradis artificiel ». Il y raconte en artiste ses impressions subis par rapport aux hallucinogènes.

En 1861 il publie une deuxième édition des Fleurs du mal avec les huit poèmes supprimés, mais une trentaine de plus. Il s’intéresse aussi beaucoup à la caricature. Il s’intéresse à l’image. Il s’intéresse à un caricaturiste qui s’appelle Constantin Guys dans un texte qui s’intitule Le peintre de la vie moderne.

Il n’a pas un très grand succès, en dépit de sa valeur littéraire, et comme de nombreux artistes de l’époque, il est atteint de la syphilis. Elle se soigne très mal, et finissait souvent par une paralysie du cerveau. En 67, il en décède.

Il y a un élément important dans son œuvre, c’est l’idée de modernité. Il a essayé de donner ses lettres de noblesse à ce qu’il appelle la Modernité, c’est-à-dire le caractère particulièrement nouveau de son époque, cette période de développement du capitalisme, des transports, de la ville. Il baptise tous ces changements de modernité, et il l’intègre dans son œuvre sous tous ses aspects. En particulier, la modernité, c’est la misère du prolétariat, la crasse des villes pleine de fumée de charbon. Baudelaire prend en compte des éléments de la modernité même s’ils sont peu reluisants.

Pour lui, l’imagination chez un artiste est absolument primordiale. Il pense que c’est la reine des facultés ; tout vaut mieux que la réalité. Pour lui, la nature est quelque chose de répugnant, ce qui compte, ce sont les pouvoirs de transformations de l’imagination. Pour lui, le spectacle des villes, s’ils ne sont pas transcendés par l’imagination, restent médiocres. Il dit : « Je voudrais des prairies teintes en rouge et des arbres peints en bleu. La nature n’a pas d’imagination. » Pour Baudelaire, ce qui compte, c’est de privilégier l’art par rapport au réel et de privilégier l’artifice par rapport au naturel. Autrement dit, il déteste le naturalisme et le réalisme. C’est ce qui le conduit à pratiquer une sorte de culte de la personnalité concernant les grands génies créateurs. Pour Baudelaire, il y a des gens qui reconstruisent la réalité, qui dominent la civilisation, ce sont les grands artistes tel Delacroix, Michelange, Leonard de Vinci, etc.

Baudelaire s’est fait désigné comme le théoricien de la doctrine des correspondances. L’imagination de l’artiste, c’est ce qui lui permet de rester en contact avec le monde. Seuls ceux qui ont une imagination forte pourront rejoindre la beauté à travers l’œuvre.

C’est à travers une forme particulière d’imagination qui mélange tous les sens. Le véritable artiste n’est pas celui qui entend, ou bien qui voit, ou bien qui sent… C’est celui qui sait tout faire la fois. Il appelle ça la synesthésie (association de sensations de natures différentes qui trouvent une correspondance entre elles). Baudelaire introduit dans sa poésie une esthétique de l’opposition. Il aime opposer le haut et le bas, le beau et le laid, l’idéal et le réel. Il construit sa poésie sur des forces contraires. Il fait coïncider à la fois des énergies qui tendent à sublimer l’homme à la perfection, et en même temps, des considérations prosaïques et vulgaires. Il pense que l’homme doit partir du bas pour pouvoir s’élever, d’où les fleurs du mal. C’est un des premiers à parler de la vulgarité, de la laideur, de la prostitution… Il évoque des éléments qui sont présents dans les romans de qualité moindre, mais à partir de ces éléments, il montre qu’on peut les repousser pour suivre un trajet qui élève l’esprit, l’individu. La laideur du monde nous tire vers le bas mais notre noblesse intérieure nous retient vers le haut.

Il a beaucoup écrit sur le dandysme. Il s’agit d’être le plus beau, noble, élégant, dans un monde de laideur. Le dandy est celui qui essaye d’être beau dans une foule laide. C’est quelqu’un qui ne se mêle pas avec les autres et qui essaye de maîtriser ses émotions en se distinguant de la foule qui par définition, est laide.


Malarmée Stéphane (1842 – 1898) :

Il a connu un succès plus tardif que le poète Verlaine mais il est né deux ans avant lui.

Il va continuer Baudelaire dans le sens d’une dévotion, dans une sorte de respect démesuré pour le langage. Malarmée poursuit la logique de Baudelaire en pensant que le rapport au langage est un culte. C’est ainsi qu’il conçoit sa création poétique.

Il naît dans une famille bourgeoise, fait des études et devient professeur d’anglais, et il commence par exercer ses talents dans le sud de la France du côté d’Avignon. Il partage avec Baudelaire un goût pour Edgar Poe. Il traduit des textes et, en 1869, on publie de lui un certain nombre de poèmes dans une revue importante qu’on appelle le Parnasse Contemporain. Il ne faudrait pas croire que Malarmée – que Verlaine a qualifié de poète maudit – n’avait pas de vie sociale : il avait une vie mondaine. Il a pratiqué son métier de professeur d’anglais longtemps, et il avait de nombreux d’amis, et en particulier les jeunes talents qu’il recevait chez lui, le mardi, à Paris. Il entretient des liens avec Zola, Henri de Raignée, et de nombreux autres. Il est l’ami de nombreux peintres également. Il a une vie d’artiste assez mondaine.

Ce qui caractérise Malarmée, c’est d’être à l’origine d’une œuvre poétique extrêmement exigeante et assez obscur. C’est un poète hermétique, mystérieux. Et pourtant, il est considéré comme un maître, il est admiré, il bénéficie d’un très grand prestige social. Son œuvre est assez restreinte, très dense, et il est considéré comme un véritable dieu de la littérature par toute une génération de jeunes écrivains dits décadents et symbolistes. Parmi ses œuvres, on a un poème très long publié en 1876, qui s’intitule « Après-midi d’un faune ». Un faune est un petit dieu des forêts qui poursuit les jeunes femmes. Il a été mis en musique par Debussy en 93.

Malarmée publie ses poèmes en recueil que vers la fin de sa vie en 1887 à quarante-six ans. D’ailleurs, il prépare une édition posthume de son œuvre qui sera publié en 1899. Ses poèmes sont très concentrés, très condensés, il les écrit avec un rythme assez lent. Il réfléchit sur l’impuissance du créateur, il réfléchit sur la page blanche et la panique du créateur qui n’est pas inspiré. En plus de ses textes poétiques qui sont souvent des sonnets, il a multiplié des textes théoriques sur le langage qui seront beaucoup commentés par les linguistes. Il les publie sous le titre général : Divagations. Pour lui - de ce point de vue là il ouvre la voie vers des gens comme Apollinaire, la mise en page du texte est très importante. Cette idée que la forme du poème ait une image est développée par Malarmée et la met en œuvre dans la répartition des phrases et des éléments dans un texte très ambitieux mais en même temps incompréhensible nommé « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ».

Le grand fantasme de Malarmée était d’arriver à créer un livre qui concentrerait tous les livres du monde. Il serait si intense, si réfléchit que tous les livres du monde s’y trouveraient. Il visait le Livre universel.

Dans cette poésie hermétique il y a un certain nombre de termes qui sont récurrents. En particulier la couleur blanche, très redondante, car elle symbolise à la fois la stérilité et la pureté. Pour lui la pureté et l’immobilité vont de paire. Ce blanc se retrouve dans le plumage du signe, dans le givre, le marbre de la statue, le masque de l’acteur. C’est à la fois l’absence de couleur et la somme de toutes les couleurs. L’attention de Malarmée se fixe également sur la matière et la lumière. L’œuvre de Malarmée est hantée par l’idée de vide, de mort. D’une certaine manière, Malarmée célèbre le néant et l’absence. Cette réflexion sur le statut d’écriture rapproche Malarmée de Baudelaire et fait de lui le continuateur de la modernité poétique.

L’encre et le papier sont des objets de la réflexion de l’auteur, il se focalise sur sa dimension la plus matérielle. Il fait des poèmes sur l’encre, la page blanche, la trace faite par l’encre sur la page. Sa pratique de la poésie est aux antipodes de la façon dont on peut utiliser la langue pour le reportage. Il revendique une écriture compliquée avec une syntaxe extrêmement travaillée, il revendique aussi la capacité du lecteur de s’intéresser à la valeur étymologique des mots. Souvent chez lui un mot à un sens très proche de son origine latine ou grecque.

Paul Verlaine (1844 – 1896) :

Rien à voir avec Malarmée. Pour lui, la poésie est une sorte de confidence, un moyen d’épancher son cœur. C’est la raison pour laquelle on a pu multiplier les jugements moraux sur son œuvre. Il a eu une longue liaison avec Arthur Rimbaud.

Sa jeunesse est un peu bohême. Il fait des études de droit de façon un peu superficiel. Il fume du haschis, de l’opium, boit de l’absynthe. Il se trouve un petit métier administratif dans un hôtel de ville. Il fréquente de nombreux poètes un peu comme le faisait Malarmée. Son premier recueil s’intitule Poèmes saturniens. Pour lui, est saturnien celui qui né sous l’influence de la planète Saturne. Son influence est mauvaise, naître sous lui, c’est être maudit.

Un peu plus tard, en 1869, il publie les fêtes galantes qui font entendre une voie très personnelle. Il s’agit de petites scènes du XVIIIe siècle, avec une dimension très mélancolique. Les privilégies vivaient de fêtes permanentes, et les lendemains de fêtes étaient des retours à la réalité. Ceci n’empêche pas Verlaine de se marier et pendant la commune il prend part modestement à l’insurrection, ce qui fait qu’il est obligé d’aller à l’étranger car s’il ne rentre pas, il est condamné.

Juste après la commune, il divorce de sa femme pour Rimbaud, après l’avoir rencontré. Il vit en Angleterre avec lui, et vivent une période de débauche de toute nature. Verlaine, un jour, ivre, tire sur Rimbaud deux coups de feu. Il a donc fait de la prison pendant deux ans. Quand il était en prison, il s’est converti au christianisme. Il découvre l’amour divin. Cette débauche a pesé sur l’œuvre littéraire de Rimbaud et Verlaine. Elle a de plus correspondu à une période de création intense.

Verlaine se range pendant son séjour en prison et écrit des textes beaucoup plus abordables par un public pointilleux. On a les Poèmes de sagesse (84), Jadis et naguère (85).

Il privilégie énormément le rythme et crée des poèmes au rythme impair. On a aussi Liturgies intimes en 92 et Elégie en 93. Il sera sacré Prince des poètes.

La fin de sa vie se fera dans une grande souffrance physique. Néanmoins, son oeuvre se sera fortement illustré dans la poésie et la mélancolie.

Rimbaud(1864 – 1891) :

Son enfance et son adolescence sont très difficiles. Il vit près d’une frontière belge dans une ville : Charleville. Sa mère est très bornée et fermée d’esprit et lui est doué d’une intelligence éblouissante. Il maîtrise à l’adolescence le latin et le grec. C’est un petit génie de la versification grecque et latine. C’est un surdoué.

Il s’intéresse à la poésie en produisant un texte un peu à la manière des poètes parisiens et l’envoie à Verlaine. Il est très influencé par la poésie parnassienne qui cultive une perfection formelle.

Il fugue, très jeune, vivant alors une vie de bohême en allant rejoindre Verlaine. Il a eu quelques professeurs à Charleville qui ont comptés pour lui. Un certain Zizanbar, un professeur de Lettres qui lui a fait connaître les auteurs de son temps, comme Hugo.

Ce qui caractérise la poésie de Rimbaud est qu’il est très à l’aise dans l’emploi de la langue. Il utilise des termes très originaux, un vocabulaire très « frais ». Il nourrit sa poésie d’images très violentes avec des idées « pures » et des impressions très fortes. Il utilise souvent des termes qui n’ont pas de prestige particulier, des termes simples qui viennent des contes, et il a une puissance de visionnaire très importante qu’il tire peut-être d’expériences hallucinogènes.

Il se retrouve à Paris avec la commune et file avec Verlaine en Angleterre. L’histoire de leur rencontre sera résumée par Rimbaud dans un recueil de textes en proses qui s’intitule « Une saison en enfer » (1873). A l’époque, Verlaine est connue, mais non Rimbaud. Il y a de grandes différences psychologiques entre eux. Ils se complètent mais finissent par se détester à cause de la compétition. Ne connaissent Rimbaud que les gens qui connaissent Verlaine, mais les amis de Verlaine savent que Rimbaud a écrit des textes très importants comme le poème La voyelle, ou même Le bateau ivre, qui est une allégorie de la vie du poète.

En 73-74, quand il a vingtvingt et un an, Rimbaud cessera d’écrire. Il vivra une autre vie, une vie de vagabond, où il s’enfuit en Allemagne, en Hollande, même à Java ou en Italie et à Londres, voir en Autriche. Il s’engage dans la légion étrangère, il déserte, va en Europe, dans les pays du nord, va à Viennes, à Chypre. En 1880, il se fixe dans une maison de commerce à Alexandrie. Là, on l’envoie faire du commerce ailleurs, loin, pour du commerce d’armes et d’esclaves. Il meurt à 37 ans d’un cancer du genou.

Pendant cette époque, Verlaine a publié son œuvre, et en particulier publie un recueil intitulé « Illuminations ». Il a récupéré les papiers qu’il avait laissés et les publie.

Pour lui, la poésie est l’art d’être voyant, qui lui permet d’accéder à un monde caché. Cette capacité qu’il a de jouer de la poésie fait de lui une sorte de « sorcier » (HAHAHA). Le poète est le « suprême savant ». Il rejoint là une dimension très ancienne de la poésie, où le poète vivait reclus dans l’encens, où il était proche des dieux. o/

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