01.03.2009

03 - Mythologies comparées.

Mythologies comparées (séance trois)

Dans cette version de la création d'Eve, le rapport avec le signifiant et le signifié n'est pas arbitraire, car Dieu nomme les choses, et chaque chose à un nom. Les langues interprétent le monde, mais dans cette version, la langue est transparente : Adam nomme les choses et le nom désigne la chose comme elle est. Ce qui explique que, dans l'histoire de la tour de Babel, les hommes décident de construire une immense tour, et sous la réaction de colère de Jéhovah, il crée le plurilinguisme. Sous l'effet des plusieurs langues, les hommes ne se comprennent plus et ne peuvent finir la construction. Les langues particulières, au lieu d'être transparente, deviennent alors compactes. Si on en était resté au Jardin d'Eden, nous n'aurions donc qu'une seule langue. C'est un idéal : une seule langue transparente au monde.
Ce monde est un monde masculin : c'est l'homme qui donne, et non la femme. Un Dieu masculin qui crée un homme qui nomme les choses.
La femme est issue de l'os surnuméraire d'Adam, elle dépend de l'homme. 
Réflexion : la logique veuille que le premier homme soit né d'une première femme, mais la première femme est née d'un homme : on renverse l'ordre naturel des choses. De plus, Dieu est immatériel mais il est masculin. Appuyant le fait que les sociétés qui se développeront son patriarcales.
Dieu la pousse vers Adam, comme un pion d'échiquier. Elle est issue de la chair d'Adam, elle lui doit tout. Dans cette vision, on a un Dieu créateur qui crée la procréation.


Une autre version de la création.
Texte de Teura Henry. Petite fille du révérend Osmond qui va récupérer des récits traditionnels religieux. Sa petite-fille, aussi religieuse que lui, elle aura tendance à faire des interprétations bibliques du manuscrit de son paternel avant de le publier. Il s'agira d'une autre version de la « Création » mais qui ne présentera pas directement de « création ». 
Ces récits ont été écrits l'époque où l'évangélisation était effective. Ces récits sont tenus de grands chefs évangélisés qui ont racontés ces histoires à des pasteurs. Les religions de la Bible se présentent comme des religions universelles et tolérantes.

Ne pas avoir de jugement de valeur face à une violence, ce n'est pas être tolérant. La question de la tolérance ne se pose pas. Dans une religion polythéiste, les adeptes de plusieurs dieux sont prêts à connaîre les dieux des autres ; ils sont curieux des autres croyances. Mais un individu monothéiste pense que son Dieu est le bon, et pense que les autres sont des faux dieux. Le jugement de valeur est donc du côté monothéiste ; l'intolérance est bien du côté des discours qui se veuillent comme tolérants. 
Lorsqu'un monothéiste rencontre un polythéiste : le premier part du principe qu'il n'y a qu'un seul Dieu créateur, il voit donc les autres comme des superstitions, ou pense que les autres ont eut une « intuition » et parmi les dieux se trouve Dieu. On fait une interprétation très biblique des religions. Si on prend la religion catholique, c'est bien une des religions les plus polythéistes.
En Océanie, les premiers arrivés étaient plutôt protestants que catholiques. 

--> Le Ciel ne naît pas à partir de rien. De son corps, il fait le monde, d'une certaine façon, son corps est le monde ; le monde est fait de matière divine. Nous sommes dans un système immanent : le divin n'est pas en dehors du monde, il est constitutif du monde. Par opposition au Dieu de la Bible, il façonne le monde, ce dernier, le crée. C'est la différence entre l'immanent et le transcendant. Du point de vue polynésien, rien de ce qui est n'est privé de sacralité, tout l'est plus ou moins. Dans la Genèse, on frabrique les animaux et la Terre pour l'homme. Un point important est que pour les polynésiens, l'endroit le plus sacré du corps est la tête. On n'y touche pas, on ne passe pas dernière, d'autant plus s'il s'agit de quelqu'un d'important. 
Pour eux, ce qui est féminin est premier. On a ici la primauté du féminin, ce qui est à rapprocher à la société grecque.
Quand les missionnaires débarquent, ils voient qu'il y a des répartitions entre les hommes et les femmes, ils sont séparés culturellement. Les femmes ont des interdits. Interprétation faite par les bibliothèques (biblique) : l'homme est privilégié par rapport à la femme car elle est impure. Ils vont interprétés ces clivages entre l'homme qui serait pur et la femme qui serait impure. Ils vont distinguer le sacré et le profane alors que dans les sociétés océaniennes il n'existe que des niveaux de pureté. Le pouvoir organisationnel est prit par les hommes tout en reconnaissant la priorité du féminin. Quand il y a des interdis, c'est uniquement parce qu'on juge qu'elles possèdent un pouvoir sacré supérieur et qu'elles ne devraient pas user de leur sacré. En Polynésie est sacré ce qui est touché par un grand chef, mais les femmes aussi, il faudra de longues cérémonies pour désacraliser un enfant afin de le faire rentrer dans la société (en extrayant de lui des forces divines incontrôlables). Quand il y a des périodes de famine et de disette, on sacrifiera des femmes après qu'elles aient été resacralisées. Elles représentent la sacralité première, elles possèdent le pouvoir de vie. Le dieu polynésien lui même est né d'une matrice. On retrouve « ça » partout. C'est une antithèse de la Bible.
Dans cette version le mot « créer » n'existe pas, on parle principalement de la notion de fabrication. On a de nombreux mythes, mais en Océanie, celui de la création n'existe pas. La plupart des sociétés humaines sont fondamentalement masculines, mais non patriarcales. Les religions sont toujours articulées sur ce que sont la mort et la vie ; les dieux la donnent. Ils bénissent les femmes parce qu'elles donnent la vie. On trouve dans les mythologies la tentation de faire remonter le pouvoir masculin. Il faudra attendre les dieux olympiens pour que Dieu soit matérialisé par un « vrai » dieu masculin : Zeus.

Texte de Têa Kanake.
Ce texte situe le « début » dans une aire géographique particulière. On part dès le début d'une sorte de procréation. Il y a probablement une symbolique importante entre la spirale, la lune... On retrouve le mythe que les premiers hommes avaient une peau de Dieu. Un héros aurait enlevé cette peau humaine pour découvrir le physique de l'homme, et l'aurait alors rendu mortel. Ces textes étaient récits de chef de clan qui racontaient comment leurs ancêtres occupaient leur espace. On privilégie leur présence ancestrale sur des terres humaines particulières. Ca fonde leur société sur des récits humains particuliers qui glorifie leur ancienneté. On parle de pérogative sociopolitique au sein des clans. D'une certaine façon, le texte, le récit ici est une sorte de légétimisation des clans dans l'espace. Dans le texte, ce qui est en rapport étroit, c'est une terre, des hommes, une histoire. Si l'histoire des hommes change, l'histoire va changer. Les variantes ne sont faites qu'à partir des versions faites par ceux qui racontent les histoires. La mythologie kanake est encrée dans la réalité humaine. D'une certaine façon, elle est comtemporaine. Elle décrit la société d'ici et maintenant telle qu'elle est faite. C'est qu'il y a une part de politique dans les récits mythologiques kanakes, et une part de sacré dans leur structure. Le fonctionnement des récits est totalement variable selon les cultures. Le fonctionnement des mythologies grecques ne présente aucune structure sociale, par exemple. 
Notons que dans la cas de la Bible, elle se veut une religion qui est donnée à tout être humain, quelque que soit son ethnie. Tandis que le mythe kanake possède des fondements sociaux et une structure sociale qui ne sont valables que localement.

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