26.02.2009
03 - Méthodologie disciplinaire (Les Misérables)
Méthodologie disciplinaire (séance trois)
Etude du texte de Victor Hugo, Les misérables (1862), IV, La mort de Javert.
Il s'agit d'un extrait des Misérables publié en 62. C'est son roman le plus connu qui a obtenu un succès populaire et qui a été très largement lu et étudié dans les écoles. Sous la IIIe République, notamment. Nous sommes dans la cinquième et dernière partie des Misérables qui s'intitule Jean Valjean, c'est un extrait du livre quatrième qui porte le sous-titre : « Javert déraillé ».
Javert était le fils d'un gardien du bagne de Toulon, il a connu Jean Valjean quand celui-ci était bagnard à Toulon. Il avait été frappé par le fait que Jean Valjean avait réussi à sauver un camarade en soulevant une charrette. Il possédait une force colossale. Lorsque Javert deviendra policier, Valjean sera libéré et changera d'identité. Dans la nouvelle ville où il vivra, Javert voit le maire soulever à nouveau une charrette : il retrouve sa proie.
Aura lieu à Paris une émeute, et Jean Valjean sauvera Javert, il lui sera donc redevable. Comme il aura une dette vis-à-vis de lui, quand Javert pourra mettre la main sur lui, il aura un problème de conscience et ne pourra l'attraper. Conflit de devoir d'individu et de devoir professionnel. Il se débrouille pour qu'il s'enfuit et, ne supportant pas la faute de trahir son devoir de policier, il se jette dans les flots de la Seine, mettant fin à sa vie.
Commentaire composé du texte.
Nous sommes en pleine nuit. L'écume provoque des bruits de clapotements, pétillants, imperceptibles. La lumière se reflète sur les vagues, elle scintille telle une couleuvre sur les éclats de l'eau. « L'immensité » à valeur métaphysique de l'au-delà, de la mort. « Du gouffre » modifie l'emploi du mot « gouffre », créant une nouvelle entité indisecable. C'est valeur de vide.
« Le mur du quai » est « confus », à cause de l'absence de lumière.
Un escarpement est un chemin irrégulier, « escarpement de l'infini ».
« L'odeur fade » : contradiction.
On a un texte qui se présente du début à la fin comme la description d'une scène nocturne. Cette obscurité permet dans en second temps l'étrange. Dans le domaine de la création artistique, on la désignerais plus par le fantastique. Ce fantastique est condionné par l'obscurité.
La mort de Javert est aussi présentée. On a une sorte d'écrin qui présente la mort avec une certaine solennité, une certaine noblesse, emphase, et en même temps, une certaine sobriété. On a ici quelque chose de retenu.
On a donc :
1.L'obscurité
2.Le fantastique
3.La mort
On peut rappeller que l'inspecteur Javert dont la reconnaissance l'a contraint de laisser partir Jean Valjean, ne supporte pas d'avoir commis une faute professionnel, il a donc décidé de se tuer.
Annonce du plan :
Dans ce texte, Hugo nous présente une scène tragique en créant une atmosphère singulière. D'abord il nous plonge dans l'obscurité. Il nous présente le texte de façon aussi limpide. Cette obscurité étant par définition propice aux fantasmes, Hugo peut nous communiquer une sorte de frisson surnaturel, et sur ce fond obscur et fantastique se déroule alors le drame proprement dit où l'évocation du suicide se fait à la fois de manière dépouillé et noble.
1.L'obscurité.
Tout d'abord, on a un effet de profondeur, l'impression d'être nous-mêmes penchés en même temps que Javert vers l'eau noire du fleuve, car le pronom « on » choisit par l'auteur nous met aux premières loges du drame. Nous sommes plongés dans la nuit et cette nuit s'approfondie, elle prend du volume grâce aux bruits du fleuve et grâce à la lueur fugitive. Par instant, une lueur apparaissait.
On a une perte des repères qui crée une sorte de vertige. En effet, l'obscurité noie les reliefs, dissout les points de repères et empêche l'esprit de s'arrêter, de se distraire sur un objet quelqu'il soit. Donc le gouffre prend un caractère fascinant, se transforme en ouverture, en au-delà, et le gouffre suscite l'idée d'une chute ; effet de vertige grâce aux idées vertigineuses et à l'ouverture aux ténèbres, auquel s'ajoute l'idée de la chute mentalement anticipée. (Le vertige est provoquée par l'imagination qui nous place en position de chute, provoquant l'étourdissement.)
On a un lexique surchargé. Quelques éléments du décor apparaissent mais ils sont tout de suite dérobés (mur du quai, arche du pont) ; mais d'autres parts on a énormément d'indications qui soulignent les ténèbres de façon emphatique, pléthorique. On a : « tout était noir », « on ne voyait pas la rivière », « on ne distinguait rien », « tout redevenait indisctinct », « ce vide sombre », « toute cette ombre », « cette ouverture de ténèbres », « l'ombre fut dans le secret », « cette forme obscure ». On a bien une douzaine d'occurences qui suggèrent les ténèbres. On a ici une surcharge relative à l'ombre.
Cette nuit implacable qui noie toutes les formes permet en même temps de libérer l'imagination. Ce simple pont sur la scène devient un décor fantastique, une scène de théâtre où va se jouer un drame.
II.Au moment où le drame se précise, Hugo adapte le texte, la description, les ressources littéraires employées, au thème, soulignant le caractère lugubre de la scène.
On a beaucoup de retenue, de pudeur, le ton n'est ni pathétique ni déclamatoire, ce qui permet de traduire solennellement ce suicide. Cette pudeur va finir par créer une ambiance un peu fantastique. De très nombreuses phrases sont courtes comme si l'on avait besoin d'évoquer le silence pour pouvoir reprendre haleine, ou comme si le narrateur voulait que se prolonge l'émotion de nombreuses fois après chaque phrase. On peut observer que le ton un peu spécial est obtenu car les mots importants sont placés à des endroits stratégiques. Ils ont une valeur sémantique forte, ils sont généralement placés en tête de phrase ou bien en position finale, devant des point-virgules ou des points. Ce qui leur donne un relief particulier, permet d'augmenter leur valeur propre. Parmi tous ces mots qui relaient bien l'ambiance du fantastique nous avons : « couleuvre », « immensité », « gouffre », « infini », « abîme », « horreur », « ténèbres » devant un point-virgule. On trouve aussi dans ce lexique des mots comme « fantôme » ou « invisible » qui complètent l'évocation de l'atmosphère surnaturelle. D'une certaine manière nous ne sommes plus vraiment dans un paysage parisien, plus plutôt devant un gouffre insondable, devant l'entrée des enfers, au bord d'un puis infini qui mène à l'inconnu. Quand il se suicide, Javert semble entrer dans une autre dimension, un tourbillon du néant, une sorte de Maëlstrom, qui n'a plus rien à voir avec le décor parisien. Ce phénomène est évoqué de façon subtile mais tout à fait repérable. L'eau est devenue gouffre ; la vie à la mort.
La vie sourde des éléments. Hugo semble communiquer aux éléments du décor (l'eau, la pierre, l'air), une vie intrinsèque, un peu menaçante, comme une sorte de conscience. On observe que le décor n'est pas totalement impassible, il a l'air obscurement animé. Par exemple, l'eau est doué de puissance. Elle est alchimiste, elle change la lumière en couleuvre. On parle de la froideur de l'eau, or, on pourrait aussi parler de celle de l'individu. C'est un terme qui est aussi moral. On dit que « l'eau est hostile », là encore, c'est un terme moral. « Farouche » aussi est signe de personnification, qui relève d'un caractère, d'une conscience. Les arches du pont sont lugubres et font parties d'un décor qui semble leur conférer un caractère psychique. Plus loin encore : « l'ombre est dans le secret », « le flot chuchotte ».
Le point de vue adopté par Hugo, la nature des phrases, le ton, la place des termes, l'animisme, tout ceci contribue à la création d'un climat à la fois tragique et fantastique naturellement complice à l'accomplissement du geste suprême : le suicide de Javert.
III.Le drame
Cet homme qui a longtemps contemplé l'obscurité et auquel nous avons été associé et qui a ressenti l'aspiration du gouffre basculera dans le vide. Or, Victor Hugo n'utilise absolument pas le pathétique pour le décrire. Au contraire, il utilise la litote, la pudeur, la discrétion. Donc, ce refus du pathétique se voit dans les périphrases par les convulsions du suicidé. C'est un terme un peu décalé qui ne décrit pas l'agonie du condamné. Tout se passe en dehors de notre vue. L'ombre seule fut dans le secret. Deuxième élément : on peut observer une certaine admiration de Victor Hugo pour son personnage est obtenu parce que le personnage se comporte à la fois avec détermination et une certaine grandeur. En effet, celui qui se jette dans le fleuve est celui qui reste jusqu'au bout un agent de l'état scellé, déterminé, il ne cède absolument pas à la panique, il reste maître de lui-même jusqu'au bout. On observe que sur le plan des verbes, on a un passage de l'imparfait au passé simple. « Il considérait », « apparut », « redressa ». Le passé simple exprime des actions brèves et sèches qui ne durent pas. De plus, on a un homme très maître de lui-même qui se tut, jusqu'à poser son chapeau sur le bord du quai avant de se tuer. Il pense au moindre détail, il est méthodique, calme, méticuleux. Quand il se jette dans l'eau, il semble se transformer déjà en un spectre, en une figure haute et noire. Il s'est déjà dématérialisé, il a pris le caractère extraordinaire d'un fantôme. La trajectoire est droite, et pas un cri, juste un clapotement sourd. Il tombe à pic. La véritable agonie de Javert est confié à notre imagination. Le texte est très pudique de ce point de vue là.
Hugo, ici, a réussi à conférer à un fait divers une dimension dramatique. A la base nous avons la mort d'un fonctionnaire de police dont la conscience est torturé. La scène est évoqué dans une ambiance fantastique, évoquant les puissances de la nuit, suggérant une animation des choses mais en bridant cette évocation grâce à l'inexistence du pathétique et de l'éloquence, ce qui le rend sobre. Cela permet alors de transfigurer Javert, le policier certes efficace et légaliste, mais il met une telle animosité traquer Jean Valjean qui est pourtant un modèle de réinserton sociale, qu'il semble transcendé par la bonne volonté de Jean.
Les misérables est un roman en cinq volumes baptisé le « Poème de la conscience humaine » qui tient de la fresque historique, sociale, avec des descriptions assez forte du social humain, garni d'analyses psychologiques bien réalisées. La structures du roman est complexe, s'entrecroisent les destins personnels, les forces de la société et les mouvements de l'histoire. Les personnages du roman ont souvent une valeur stable, ils incarnent une idée. Jean Valjean est le symbole de l'énergie morale. Monseigneur Myriel lui, incarne la grandeur spirituelle. Jean Valjean a été libéré du bagne, mais est aussi soumis à une indexation : tout est mis en oeuvre pour le faire plonger à nouveau. Il traîne en Provence et est accueilli par Myriel l'êveque. Mais pousser par une pulsion satanique, Jean part en volant des couverts en argent. Il est par la suite attrapé par la gendarmerie et ils découvrent les couverts en argent. L'êveque mentira alors, et offrira par suite deux autres chandeliers. Il lui faisait confiance, à été trahi, mais quand Valjean revient, au lieu de le punir, il redouble les compliments, il le gratifie comme s'il s'était bien conduit, ce qui rend la dette de Valjean encore plus forte, c'est une manière de l'aliéné au bien. A partir de là, il va devenir bon, il luttera contre les tentations et choisira toujours la voie du bien, ce qui le conduira à devenir le maire d'une petite ville.
Les Ténardiers incarnent la misère sociale.
On a pas encore reprocher à Hugo de présenter une vision des choses trop manichéenne, un peu naïve. Il y a évocation de grands tableaux historiques, exemples : la bataille de Waterloo, un tableau sur l'année 1817, un sur les barricades. Les Misérables est un réservoir de passages symboliques qui ont été transmis et retransmis dans la tradition scolaire et littéraire. Arriver à produire un roman qui contient des images qui deviennent des clichés culturels tient du génie propre.
09:52 Publié dans Fac - Méthodologie disciplinaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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