25.12.2008

La Sphère des brumes

La neige tombait dans un vent hivernal, glacial, congédiant mon souffle en brise froide et paralysante. Au loin, des pins aux cimes enneigés se balançaient au gré de l’humeur d’Eole. J’entendais des rires festifs, des ricanements enfantins d’enfants coupables de véniels méfaits. Sur mes lèvres, aucun sourire.

Un jour comme les autres.

Une calèche passa devant mes yeux embués par le froid ; deux cheveux noirs le traînant. Puissantes bêtes, mon imagination me conduisit sur le dos d’une de ces entités, galopant à travers des plaines arides et blanches. Libre de faire ce que je désirais, d’apprécier la beauté pâle de la nature en ces temps immaculés.

Un rêve.

Je me retournai, quittant des yeux les bestiaux d’un noir d’encre. En cet instant, où je tentai de retourner chez moi, je découvris l’impossible : un squelette enveloppé d’un linceul blanc se tenait devant moi, une faux du double de sa taille déjà imposante dans la main gauche. Oui, à cet instant, je sentis que ce jour de Noël ne serait point bénéfique pour moi.

La Mort s’avança, lentement, ses « jambes » d’os recouvertes du linceul m’empêchaient de voir autre chose que les composantes de ses mains et de son visage.

Je tremblais. Etait-ce toujours à cause du froid ou du fait que je pressentais ma fin arrivée ? Rien n’était encore sûr, après tout. Peut-être était déjà mort. Si ce n’était le cas, j’allais l’être.

M’abandonnant à mon triste destin, je fis un pas vers la Mort.

Je suis prêt.

Puis il se produisit quelque chose d’étrange, d’inattendu, d’incroyable, d’inconcevable. Il tendit sa main droite vers moi, fermé. Entre les phalanges squelettiques je distinguais un objet de petite taille, une pierre noire qui semblait reluire d’un éclat de même couleur.

De la lumière noire.

La Mort ouvrit le poing et me fit découvrir l’objet en question : une sphère noire d’une beauté parfaite. Son éclat possédait un sens attractif qui semblait me chuchoter de l’observer. C’est ce que je fis : détacher mon regard de cet objet me semblait impossible. Mon esprit plongeait à l’intérieur même de cette sphère. Pourrais-je au moins en ressortir ? Je ne le sais-je, mais une chose est sûre, cette sphère était, à ce moment précis, ce qui comptais le plus en mon existence.

Je m’en saisis lentement, craignant que la Mort, farceuse, avide, ne referme le point et ne prenne ma vie. Quand mes doigts la touchèrent, je sentis une force glaciale s’emparée de moi. Entrant en symbiose avec ce froid, je pris la sphère et la garda au creux de ma main droite, serrée aussi fort que possible.

Chose faite, la Mort semblait me dévisageait. Lentement, elle se retourna, et fit trois pas. Au troisième, elle prit sa faux et l’enfonça dans le sol. Une brume blanchâtre, autant que la neige qui nous entourait jaillit du sol et enveloppa la Mort.

Il ne me fallu qu’une demi-seconde pour cligner des yeux et distinguer un sourire satisfait sur le visage squelettique de cet être fantastique qui disparaissait de ma vue.

Comme sortant d’un songe, je papillonnai des paupières.

Plus rien.

Lentement, je tournai la tête et observa ma nouvelle possession. La sphère noire était là, encore dans ma main.

A ce moment précis, où tout le monde s’affairait, que l’ensemble de la population s’apprêtait à entrer en fête, à cet instant où toute la joie du monde jaillissait du cœur des hommes, je su que plus rien ne serait pareil, que j’avais désormais un destin intimement lié à celui des Hommes et à la Mort elle-même.

J’étais l’élu.

Commentaires

Deux cheveux peuvent tirer une calèche! Trop fort ;-)

Ecrit par : Marie | 27.12.2008

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