13.05.2008

Parfum Gothique (Partie première)

Note de l'auteur :
Voici la suite de l'histoire. J'ai décidé que cela sera un ROMAN, donc quelque chose de plus de 25 pages au moins. ,D Maintenant, si je posterais tout sur ce blog ou pas est une autre question... Si je trouve un éditeur qui accepte l'oeuvre, ce sera bon. ,) (Enfin ! Je parle comme si j'avais finit alors que je n'ai fait que quatre pages pour l'instant... Persévérance est mot d'ordre !)

 

 

- 1 -

 Le lendemain matin, alors que le soleil venait de se lever, que les volets s’ouvraient, que les persiennes faisaient de même et que la ville, petit à petit, s’éveillait de sa léthargie nocturne, un petit attroupement de costumes bleus et de gens pressés et excités montraient la capacité d’un être humain à savoir mieux s’intéresser à un cadavre qu’à un vivant. Car ce que tout le monde contemplait là, le corps de jack noir de sang, provoquait, chez eux, non pas de la pitié, mais de la peur et pour d’autres, l’ignorance absolue.
- Mais Grand Dieu, que se passe t-il ici ? pesta Monsieur Holson, professeur d’art dramatique dans un théâtre tout proche du lieu du crime.
Un agent de police fit reculer la foule en criant de grands « Circulez, il n’y a plus rien à voir » et en installant – bien en retard, précisons-le – les cordons de sécurité.
Et l’inévitable se produisit.
Le cops avait été découvert il y a de cela un quart d’heure par un homme du voisinage partit pratiquer son jogging matinal, aux alentours de six heures. Et à l’heure qu’il était, on pouvait entendre les monologues de journalistes assoiffés de reportages, en quête d’informations, plus, encore et encore. Et le meurtre de Jack était un autre moyen pour eux de gagner de l’argent, car en ce monde, même les cadavres coûtaient et rapportaient.
La flicaille repoussait tout le monde, les experts prenaient quelques clichés par-ci par là, d’autres inspectaient la rue à la recherche d’indices, et d’autres s’occupaient à faire foutre le camp aux journalistes trop curieux, et à leurs préjugés stupides.
Melvin, qui avait un genou à terre, s’empressa de se relever. Son regard inquisiteur scruta la foule à la recherche de – lui-même n’en savait rien.
Un tueur revient toujours sur les lieux de son crime.
Ou pas.
Et l’inspecteur Melvin brûlait d’arrêter le coupable.
- C’est la troisième victime je crois, n’est-ce pas ?
- Exact, lui affirma un des experts.
- Je sais bien, je disais ça pour la forme, répondit-il, amusé et blasé à la fois. Bon, il est clair que notre homme ne tue pas n’importe qui. On dirait qu’on a affaire à un fanatique…
- Un fanatique, bien trouvé inspecteur, dit le même expert. Et visiblement, ce sont les gothiques qu’il chasse…
- Qu’il chasse ? Vous appelez ça une chasse ? Il a assassiné un homme soul qui ne savait même plus marcher correctement, je ne vois pas où est l’honneur là dedans. Et la prochaine fois que je vous entends prononcer le terme « gothique » en parlant de ces victimes, je m’arrangerais pour que vous obteniez une suspension, le temps de vous documentez sur ce qu’est le gothisme !
L’agent déglutit péniblement, ramassa quelques affaires, et entreprit de couvrir le cadavre de Jack d’un drap blanc.
En dépit de ses allures d’inspecteur, Melvin avait une barbe de trois jours, puait l’alcool, et souffrait de tabagisme maladif. Mais il aurait été stupide de le juger sur cela, alors qu’il était des plus compétents.
Et principalement pour cette affaire.
L’appellation que les agents sous son service devaient utiliser était « Individu vêtu de noir », et surtout pas « gothique ». A maintes reprises il s’était efforcé d’expliquer avec calme que les gothiques étaient ceux qui adhéraient à la philosophie du gothisme, et que ces personnes ne s’habillaient pas forcément de noir. Au vu qu’interroger un cadavre relevait de l’impossible, on ne savait rien des croyances et de la philosophie de ces défunts. Le terme « gothique » était donc fort inapproprié.
Le cadavre de Jack fut placé sur brancard, et transporter dans le fourgon de police. En route pour l’autopsie…
Les deux premières victimes avaient subis exactement le même sort que ce pauvre Jack. Par une nuit bien noire, Todd était allé quérir une autre victime. Il était tombé sur un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui correspondait à la dénomination « gothique ». Le pauvre n’avait pas eu le temps de comprendre ce qui se passait : en deux temps trois mouvement, le voila saigné à blanc, de l’eau bénite sur le visage.
Il avait fait de même quelques jours après pour quelqu’un d’autre, une prostituée de vingt-neuf ans.
Et hier soir, c’était Jack qui avait souffert – qui était mort de sa main.
Et Todd était très fier de l’« œuvre divine » qu’il commençait à réaliser.
Tobias Holson marchait tranquillement le long de la rue, sans trop s’inquiéter des récents évènements. Il n’était pas stupide, il savait que le tueur en série qui courait ne prenait pour victimes que ces personnes là. Et lui n’en faisait pas partie.
Il ouvrit la porte de la salle de théâtre pour découvrir ses quelques élèves. Quatre, pour être précis.
Le professeur déposa ses effets sur une chaise, se dévêtit de son manteau gris, et jeta un regard las sur ses quatre compagnons.
- Eh bien, vous voila bien matinal aujourd’hui… Voyons... (Il se mit à désigner du doigt, un par un, chaque élève) John est là, Lucie aussi, Estelle et François. Parfait. Mesdemoiselles et Messieurs, bien le bonjour.
Ils saluèrent Tobias à l’unisson.
- Qu’est-ce qu’on va faire aujourd’hui ? demanda François en étouffant un bâillement témoignant de son enthousiasme débordant.
- J’ai une petite surprise pour vous : une nouvelle pièce de théâtre, ça vous dit ? répondit-il d’un sourire enjoliveur de présentateur télé.
- Bah, ça dépend… De quoi ça parle ? fit Lucie, soudainement intéressée.
- D’une histoire d’amour entre…
- Ah non ! coupa John. Le coup de l’histoire d’amour à l’eau de rose avec des ados attardés, vous nous l’avez déjà fait ! Et ce ne fut PAS concluant du tout !
- Voyons mon petit John, j’avoue que je vous ait déçu sur ça, mais là, je tiens quelque chose qui peut vous plaire… Un mélange de comique et de tragédie, une histoire d’amour entre une jeune fille catholique qui a juré de ne jamais succomber dans les méfaits du péché, de deux courtisans qui se battent pour elle, et d’une autre jeune fille, jalouse de la première…
- Dis donc, on dirait que vous avez dégoté ça rien que pour nous ? Vous l’avez fait exprès ? continua le jeune homme.
- Bien sûr, qu’est-ce que je ne ferais pas pour mes élèves favoris !
- Et qui est l’auteur ? demanda Estelle, perplexe.
- Moi-même.
- Vous ? s’étonnèrent les quatre adolescents.
- Moi. Et si nous réussissons à monter cette pièce, nous gagnerons de quoi rénover la salle. Il est même possible que ce projet devienne lucratif pour vous…
Les yeux de ses quatre interlocuteurs avaient changés. Evidemment, dès que l’on parlait d’argent, tout le monde était d’accord.
- Eh bien moi, je marche à fond dedans M’sieur, fit François, un sourire en coin.
- Moi aussi ! éructa Lucie.
- Moi seulement si je peut jouer la jalouse chiante, reprit Estelle.
- Bon eh bien, un pour tous et tous pour un, marmonna John.
- Bien, je savais que vous direz ça ! Voici vos textes (il saisit quelques pages posées sur un siège et les tendit aux élèves), mais avant de commencer, je voudrais que l’on parle de quelque chose de plus important… Cette pièce est écrite sur un fond de religion. Cela ne devrait pas vous poser de problèmes, et sachez qu’il y a absence de critiques ou de remarques négatives à propos du Catholicisme. Je ne voudrais pas m’attirer des ennuis avec la paroisse toute proche ! A vrai dire, cela constituera un petit éloge des vertus, et un blâme des péchés… Et, pour sortir du sujet, avez-vous eut vent de ce qui se passe en ville récemment ?
- Vous voulez parler de ce connard qui tue ceux vêtus de noirs ? répondit François, le plus au courant de l’information et le plus intellect de tous.
- Oui, voila… A votre avis, pourquoi fait-il cela ?
- Hum… Parce qu’il est con et qu’il ne se donne pas la peine d’éprouver de la compréhension pour ces gens ? proposa Lucie, jeune, vive, sainte d’esprit, pleine de joie de vivre et innocente comme la rosée qui s’écoule le long d’un pétale de rose.
- Avant de dire de telles choses Lucie, t’es tu donnée la peine de comprendre ce que pensait le tueur, lui ?
- Euh…
- Voila. Ce que je veux vous faire comprendre, c’est qu’avant de juger les gens pour ce qu’ils font, essayer de comprendre pourquoi ils les font. Et vous verrez que vos jugements s’en trouveront bien vite changés. Maintenant, clôturons cette parenthèse… John, à toi l’honneur, nous allons faire une ronde, commence à lire ton texte et tes partenaires suivront, j’interviendrais lorsqu’il le faudra.
- D’accord. (Il prit de l’inspiration et commença la lecture, lentement, d’un air sain et dégagé : ) « Mélancolie divine », par Tobias Holson…

Ecrire un commentaire