08.02.2011
Que cela advienne.
Qu'il n'y ait de coeur néfaste qu'au plus profond des âmes amorales.
Il ne me reste plus beaucoup de temps avant le commencement des épreuves. Le premier concours d'entrée en école d'orthophonie se fera alors à Nantes le 04 mars, vendredi. Espérez, pauvres pécheurs, que votre Serviteur réussisse. Ou votre monde en pâtira. Gniark gniark gniark.
Et pour information, j'ai désactivé mon compte FaceBook. Désolé, Mark Zuckerberg, malgré toute l'information que je peux avoir pour toi, j'ai dû sacrifier une tâche pour une autre... dans mon gestionnaire (hahaha, elle était vraiment nulle, celle-là).
Par ailleurs, très belle galerie de sex-toys et de divers produits dérivés (huiles essentielles, peintures comestibles, huiles de massages, bougies, menottes etc) sur espace libido pour le Saint Valentin. Personnellement, ma compagne et moi avons craqué pour ça : oui, ça peinturlure partout, ça salit, ça tache, mais qu'importe, puisque c'est fun. Et un délice pour le palais. D'après les inscriptions. Oui oui, j'écoute toujours ce qu'on me dit sur les boîtes (sinon, à qui faire confiance... hum). Notez que le site nous propose aussi des pâtes en forme de pénis ainsi que des pâtes reprenant des positions diverses du kama sutra. Mais on avouera que six euros pour un paquet de pâtes de 250 grammes, c'est pas donné. Mais pour une bonne soirée entre amis suivi d'un pot/film X/tournage de film X/orgie/soirée en couple (échangistes ou non)/bonne nuit de sommeil ça peut être sympathique. Dans ce cas, prévoir autre chose à côté. Je conseille inévitablement une onctueuse sauce au poivre forte en cognac ou ... zut, j'ai oublié l'alcool que j'y mettais. Enfin, bref. Bon appétit.
Sinon quoi, je suis allé chez l'ORL ce matin. ... pardon ? Hein ? Quoi ? Ah, on me signale qu'on s'en fout et que je viens de perdre de l'audience. Tant pis, mais j'y étais quand même et pendant l'heure et presque et demie d'attente, j'ai pu feuilleter un très court bulletin intitulé "l'ORL" qui parlait justement des cancers dont j'ai oublié le nom, relatifs aux relations sexuelles bucco-génitales, bucco-anales. Donc pour ajouter mon grain de sel, oui, il y a des risques, on les détecte maintenant mais il y en a toujours eu. Il y en a évidemment plus à pratiquer une relation bucco-anale (ce dont je suis véritablement loin d'être adepte), mais que personne ne prenne crainte : ça a toujours fait plus de bien que de mal et c'est pas demain que vous irez attraper quelque chose comme ça. Si hygiène il y a. (Si vous n'accumulez pas coup sur coup chaque soir un partenaire différent trouvé dans une poubelle, évidemment.)
Alors brossez-vous bien les dents les enfants.
Et je fête du coup ma première note de sex-blogueur. Ouvrez le champagne, j'ai encore des révisions à faire.
09:23 Publié dans Psychotropie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : espace libido, sex-toys, orl, pâtes pénis, concours orthophonie nantes |
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27.01.2011
?
Des nuages au loin s'éteignent au crépuscule. Point le dernier rayon de lumière. L'Empyrée obscur soulève un brouillard aux reflets irisés, éburnéens. Des frissons se promènent sur les dernières créatures se terrant de leur mieux dans de profondes galeries portant encore les traces de constructions peu soignées. Un voile sans chaleur se dépose lentement sur face de planète endormie. Lentement, tout sombre. La Lune ne se montre pas. Le blafard ne côtoie pas l'horreur. Et le visage de l'Inconnu ne se révèle qu'au réveil du Dormeur. Les Rêveurs, eux, n'entendent que lui. Le nom de l’Innommé retentit, solennel au-delà même de la métempsycose. Ecoutez, Fidèles, le témoignage de l'Innommé.
David Camus, traducteur de talent, nous fait redécouvrir Lovecraft. "Les Contrées du rêve", disponible partout.
Enfin, dans les seuls endroits assez profanes pour continuer l'extension du Maître !
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| Tags : témoignage de l'innommé, david camus, les contrées du rêve |
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21.01.2011
Just say "hello".
C'est... c'est à moi ? C'est ça un micro ? Je me le mets où ? Ah... Test, test, ça marche ? Ah... Bonjour à tous... bonsoir... peu importe... Bon... juste une petite annonce pour vous dire un grand merci, rien que pour vos passages ici, consultations ou moqueries, j'm'en fous, tant que vous trouvez quelque chose à vous dire. Je divertis ? Tant mieux. J'insurge ? Tant mieux. Mais pour l'heure, je n'ai pas le temps d'écrire... J'ai dû abandonner mes multitples projets d'écritures... mais tout ça me travaille et dès la réussite de mes concours d'entrée en écoles d'orthophonie, ça va bouger. Pour ceux que ça intéresse, je suis à Aix-en-Provence, donc contactez-moi par mail si vous en avez envie.
Par ailleurs, mes dates de concours : Bordeaux, 10 mars ; Paris : 14 mars ; Nantes : 15 mars ; Montpellier : 17 mars.
Bon dieu, soutenez-moi, si je rate, je ferme ce foutu blog et je devrai vous dire adieu. Chose que je détesterai. Et je sais combien j'ai été absent ces derniers temps et je me rattraperai dès que possible...
J'ai plein de choses à dire. Plein de choses à agonir. Plein de choses à honnir.
Sans déconner, ce monde barre en couilles, parfois. Mais je vais pas non plus me faire le portefaix des peines humaines, j'ai bien trop à faire pour le moment.
Rendez-vous d'ici à bientôt pour de nouvelles aventures littéraires excitantes comme... comme... Ouais, non, je déconne.
Rendez-vous bientôt pour de nouveaux cris de haines contre les choses qui nous dérangent.
"Solo de basse"
11:19 Publié dans Psychotropie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : orthophonie, dates de concours, bordeaux, nantes, paris, montpellier, école d'orthophonie, solo de basse |
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08.12.2010
Rudiments et Particularités de la langue française
Rudiments et particularités de la langue française
Mémo 1
Au sujet des verbes du type "jeter", "appeler" et "modeler, acheter". Tous des verbes du premier groupe, ils se distinguent par leur orthographe différente dans le cas particulier de leur déclinaison au présent et futur simple de l'indicatif, au conditionnel présent et au subjonctif présent.
D'abord, conjugaison du verbe type "jeter" dans le cas du redoublement de consonne. Inutile d'indiquer la déclinaison de modeler, elle ne présente aucun redoublement de consonne (c'est bien là le sujet de ce cours).
A l'indicatif :
Présent : Je jette, tu jettes, il jette, nous jetons, vous jetez, ils jettent.
Imparfait : je jetais, tu jetais, il jetait, nous jetions, vous jetiez, ils jetaient.
Passé simple : je jetai, tu jetas, il jeta, nous jetâmes, vous jetâtes, ils jetèrent
Futur simple : Je jetterai, tu jetteras, il jettera, nous jetterons, vous jetterez, ils jetteront.
Conditionnel :
Présent : je jetterais, tu jetterais, il jetterait, nous jetterions, vous jetteriez, ils jetteraient.
Passé : j'aurais jeté, tu aurais jeté, il aurait jeté, nous aurions jeté, vous auriez jeté, ils auraient jeté.
Subjonctif :
Présent : que je jette, que tu jettes, qu’il jette, que nous jetions, que vous jetiez, qu’ils jettent.
Imparfait : que je jetasse, que tu jetasses, qu’il jetât, que nous jetassions, que vous jetassiez, qu’ils jetassent.
Beaucoup de verbes se déclinent sur le modèle de « jeter ». En voici une liste non exhaustive dont chaque verbe a été conjugué à la troisième personne du présent de l’indicatif. Pour retrouver l’indicatif présent de chaque verbe, n’oubliez pas d’ôter la consonne redoublée !
Par exemple, pour épanneler (dégrossir le marbre ; enlever tout ce qui excède les plans du polyèdre) : il épannelle.
Et ainsi s’ensuivent : il grivelle (faire quelques profits illicites dans un emploi action de partir d’un restaurant ou d’un café sans payer) ; il cliquette, il décarrelle, il râtelle, il se pommelle, il décapelle (ôter de la tête d'un mât ou du bout d'une vergue tous les cordages qu'on y avait capelés), il bourrelle, il ébiselle (donner à un trou une forme conique), il nivelle, il oiselle (oiseler : en fauconnerie : Dresser un oiseau pour le vol ; chasser à l’oiseau. En chasse : tendre des filets, des pièges pour attraper les petits oiseaux.), il dételle (antonyme d’atteler), il attelle, il parquette, il rempaquette, il ruisselle, il aiguillette, il déficelle, il cordelle, il morcelle, il tachette, il interjette, il brevette, il époussette, il recarrelle, il ficelle, il forjette, il empaquette, il louvette (mettre bas, en parlant d’une louve), il rivette, il volette, il grommelle, il nickelle, il piquette, il recachette, il banquette, il surjette, il étincelle, il molette (travailler avec une molette, inf : moleter), il dénivelle, il cuvelle, il bêchevette (placer tête-bêche), il cannelle, il javelle, il amoncelle, il hoquette, il becquette, il bequette, il projette, il bosselle, il soufflette, il ensorcelle, il décliquette, il guillemette, il renouvelle, il grommelle, il déjette, il déchiquette, il encliquette, il jumelle, il feuillette, il déclavette, il cachette, il décervelle, il se grumelle, il craquette, il paillette, il muselle, il claquette, il pellette, il ressemelle, il batelle, il désensorcelle, il capelle, il appelle, il épincette, il décachette, il démuselle, il rappelle, il étiquette, il pantelle, il décollette, il fuselle, il markette, il clavette, il dentelle, il mouchette, il déjette, il brettelle, il coquette, démouchette, il chancelle, il bottelle, il crénelle, il échevelle, il craquelle, il dépucelle, il carrelle.
Verbes se déclinant sur le modèle de « modeler » :
Il modèle, il halète, il décèle, il achète, il dégèle, il rachète, il martèle, il crochète, il remodèle, il collète, elle agnèle, il regèle, il cèle, il décongèle, il béguète, il démantèle, il surgèle, il cisèle, il recèle, il furète, il filète, il pèle, il harcèle, il congèle, il écartèle, il se duvète, il corsète.
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| Tags : verbe premier groupe, conjugaison jeter, modeler, épanneler, grivelle, attelle, parquette |
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24.11.2010
Journal (12)
Mercredi 24 novembre.
Je n'ai pas assez de temps, de nouveau, pour tenir à jour mon journal correctement. J'ai augmenté ma cadence d'étude de huit à dix heures de révisions et d'apprentissage par jour. Je compte bien écraser d'une main violente l'ensemble de ces demoiselles de prépa afin de leur montrer ce dont le pouvoir de la volonté est capable en peu de temps. Je crois n'avoir jamais autant emmagasiné de connaissances de toute ma vie. Et je ne m'en porte que mieux. Mars arrive à grands pas. Vivement la fin, que je puisse continuer mes pérégrinations littéraires ! Peu me chaut si je dois concéder certaines ex priorités, si tant est de réussir ce que l'engagement professionnel m'impose. Sans plus tarder, je cède ma conscience au sommeil afin de pallier la fatigue qui me tanne depuis quelques heures. Je m'en vais retrouver une bouclée qui, elle, au creux de ses songes douillets, saura retrouver la béatitude euphorique d'un souvenir onirique lointain. Assez de prédication, le temps est à l'action.
Ali Julien.
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| Tags : journal d'anticipation, ali julien |
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12.11.2010
Journal (11)
Lundi 15 novembre 2010.
Lundi 15 novembre. Un grand jour, aujourd'hui. Ouverture des inscriptions au concours d'entrée en école d'orthophonie de Paris. Je considère la question d'un oeil à la fois torve et inquiet. Tout ceci semble précipité. En fait, non. La pierre angulaire de la réussite, c'est la volonté. La force de travail. La persévérance. Tant de gens qui eurent réussi le concours seulement deux années d'entraînement plus tard, c'est assez peu encourageant. Je vais devoir surpasser ces étudiants. Devenir meilleur. Devenir le plus fort. Le plus doué. Apprendre le plus possible. La connaissance appelle à la connaissance. Je ne connais leurs raisons ; mais j'ai conscience des miennes. La vie en est à une étape cocyclique. Une spirale tournoie sans fin et me perd. Intangible, je perds l'équilibre. Un temps gît : il appert sur mon front, la détermination. Je ne suis pas un esthéte. Mais un voyageur du vide dont l'angoisse se mesure au reste des capacités qui ne lui appartiennent pas encore. Les journées sont longues et sont passées en lecture et en application grammaticale. Le temps se meurt dans le creux de ma bouche, insipide, je vais jusqu'à perdre la saveur d'éléments insignifiants qui m'entourent. Pussé-je y faire quelque chose alors que toutes les choses ne méritent autant de considération que celles qui courtisent ma destinée ! Fors l'amour de mes ardeurs, les amours empoisonnées, les délices impétueuses de flammes sensibles qui elles seules pussent aplanir mes impulsions. Je l'en remercie de bien bonne grâce et ne cesserai d'apprivoiser les mots dans le but implacable et animé d'émotions de lui rendre ce qu'elle mérite.
12:09 Publié dans Journal mémoriel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : journal d'anticipation, ali julien |
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Scott Pilgrim vs The World : An Epic of Epic Epicness, dernier chef-d'oeuvre d'Edgar Wright
SCOTT PILGRIM !
Comment puis-je continuer ce blog sans parler du magnifique "Scott Pilgrim vs The World" du Grand Edgar Wright ! D'abord, je ne parlerai pas du roman graphique d'où provient l'adaptation cinématographique car je ne l'ai tout simplement jamais lu. Mais je vais tenter de vous décrire au mieux l'oeuvre d'Edgar Wright qui nous a déjà donné deux magnifiques élélements auparavant : Shaud Of the Dead et Hot Fuzz. Je ne sais pas pour vous, mais ce furent deux films qui comptaient déjà dans mes favoris (mettant en scène Simon Pegg et Nick Frost) et maintenant s'ajoute au Palmarès le très vénérable et le plus abouti de ces films : Scott Pilgrim vs the World.
Donc, avec un nom si racoleur, il se doit de valoir le coup, hein ? Eh bien, en trois syllabes : to-ta-le-ment. (Les plus ingénieux d’entre vous auront remarqué qu’il n’y a que quatre syllabes. Hahaha. Je me paye votre tête. Mais bref, je m’égare et je me ridiculise davantage.) Scott Pilgrim, c’est avant tout Michael Cera alias SUPER GEEK. Sans déconner, ce gars possède la preuve faciale qu’avoir un visage déterminé à la geekerie peut être réel. Mais les plus chanceux d’entre vous le connaissent déjà, incarnant le personnage masculin principal de Juno aux côtés d’Ellen Page, soit l’architecte de l’esprit dans le magnifique Inception (voyez comment j’ai réussi à caser Inception et Juno dans la même phrase DANS UN RAPPORT DE SENS EVIDENT. Je m’étonne moi-même.)
Donc, Michael Cena incarne un bassiste déjanté aux allures de geek timide qui, pourtant, premier point de science-fiction, arrive à aligner les petites amies les unes après les autres. Mais tandis qu’il est dans une relation un peu plus qu’amicale avec Knives, petite amie asiatique au charisme enfantin inaliénable, il rêvera – et croisera ! de Ramona, jeune fille dépassant toutes les limites du charme ténébreux et du charisme de la fille rebelle aux cheveux roses. Non seulement d’être une figure de proie du féminisme ténébreux universitaire, également un fantasme s’incarnant non seulement dans l’esprit de Scott Pilgrim… mais aussi dans ceux de ses sept autres ex précédents. Là, d’un seul coup, ça devient intéressant.
Mais je souligne d’abord le fait que l’intégralité du film est recouverte d’onomatopées graphiques parfaitement incrustées dans la mise en scène, dans la réalisation du travail de Wright. On a donc au moindre coup de poing la mention d’un « BAAAAM » ou encore « KCHIIIINK » le cas échéant. Des effets spéciaux rappelant l’univers du jeu vidéo 8 bits (rappelez-vous vos vieilles Sega…) et une musique de fond pop-rock absolument remarquablement bien choisie (eh, j’ai quand même utilisé deux adverbes juxtaposés là, faut pas déconner, comprenez que j’ai adoré la bande-son autant que le film).

Donc, les ex de Ramona. Sept types investis chacun de capacités bien distinctes se mettront dans l’idée d’affronter Scott Pilgrim afin de le détruire par « jalousie » envers Pilgrim. Des scènes d’action choc à couper le souffle, des bastons généralement soldés par humour ou ruse et bien généralement, on est pris de fous rires avant la fin du combat. Sinon quoi, on se laisse aller par la musique qui nous transporte au cœur de l’action et nous laisse à loisir contempler Scott Pilgrim foutre une méga raclée à ces pauvres ex délaissés.

Dans l’ensemble, une merveille d’architecture cinématographique. Une référence dans le genre du film/jeu vidéo et très certainement un film bientôt culte. Un incontournable, un incroyable moment de plaisir, de rire et d’amusement. N’attendez plus : foncez dans la première salle de cinéma venue présentant Scott Pilgrim vs the world.
OU BIEN ATTENDEZ LE DVD. HAHAHA.
10:30 Publié dans Cinématographie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : scott pilgrim vs the world, scott pilgrim, edgar wright, hot fuzz, shaun of the dead, ellen page, michael cera |
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11.11.2010
Journal (10)
Mercredi 10 novembre 2010.
Mes paupières se ferment. S'ouvrent. Se ferment. S'ouvrent. Devant moi, un écran d'ordinateur. Je tente d'attraper les bribes de mots, de propositions, de phrases qui m'appairaissent à l'esprit. En vain. Je semble être pris dans un maelström infini et abyssal qui tournoiera jusque dans les profondeurs insondables d'un océan indicible. Des tentacules inconnus m'envoient leurs cruelles victoires. Je perçois une lumière. Mais elle ne fait que m'aveugler.
Impavide, le colosse marche seul. Et fier dans ma parure, je tourne le dos et hausse des yeux railleurs. Bientôt, ce sera mon tour.
11:47 Publié dans Journal mémoriel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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04.11.2010
A Monsieur l'ophtalmologue, qui a toute ma sympathie. (cf : un ophtalmologue aurait proféré des injures racistes [THAT'S BULLSHIT])
Vous avez, sans nul doute, entendu parler de cet esclandre médiatique, de ce scandale en proie à toutes les invectives possibles, de cet ophtalmologue qui aurait proféré des injures racistes à un père et à sa gamine de six ans. "Sales arabes", "vous salissez" mon cabinet... Merde, qu'est-ce que ça m'a énervé de lire ça. Des crétins. Vous, les scandalisés, vous êtes une bande de crétins. J'accorde entièrement foi aux dires du médecin et je rejette toute tentative d'incrimination envers lui. Le discrédit attribué à la soi-disant victime, là, je l'accentue profondément. Mes respects : j'ai trouvé quelqu'un d'encore plus tordu que moi. Mais si quelqu'un doit être radié de quelque chose, c'est très certainement cet homme impatient affabulateur, manipulateur et régit par de sombres desseins. NON MAIS FAUT PAS DECONNER QUOI. On est en 2010, le racisme, c'est de la vieille histoire. Je suis trop mécontent de vous pour vous accordez le bénéfice du doute. Comment pouvez-vous croire une seule seconde que cette histoire fût vraie ? Il y a quand même un large, très large fossé entre un médecine de haut rang, spécialiste, et la conduite saugrenue d'un casse-toi-connard-j'aime-le-café-pas-la-couleur. Bullshit. Moi-même destiné à une profession para-médicale, la patience et le respect holistique vont de paire. Ce que je trouve déplorable reste inconditionnellement l'attitude de cet homme aux méfaits pervers et qui ne sera très probablement jamais sanctionné pour avoir détruit la réputation d'un homme. Détruire une réputation peut engendrer des problèmes bien plus graves que des simples on-dit. Si sa clientèle fuit épars maintenant, devra plaider coupable ce type qui veut crier haro sur le baudet... mais qui crée toute une vérité mensongère au grand dam du respect de l'autre et pour servir des intentions... inconnues au préalables mais qui ne sauraient être justifiées par un tel acte. Je ne vais pas m'amuser à relire les articles de presse concernant cette affaire entre un homme brave qui a bien du courage d'affronter toute la merde qui va lui retomber dessus et le poursuivre pendant longtemps à cause de ce pauvre hère. Monsieur l'ophtalmologue, vous avez toute ma sympathie. J'ose espérer que ceci saura s'arrêter en temps voulu et qu'un jour peut-être les choses se passeront comme si cet événement n'aura jamais vu le jour et je prie secrètement pour qu'aucun nouvel affabulateur ne vienne vous troubler. Personne ne mérite une telle avanie. Que ceux qui lapidèrent l'accusé plaident coupable devant son innocence. Retournez vos pelles contre vous et demandez la clémence du dieu des médias ! La crédibilité de cet événement était si misérable. J'ose espérer qu'un jour ce peuple qui compose notre si belle France puisse trouver la conscience de juger avec un oeil nouveau ce qu'il voudrait tenir pour aquis.
Oh et puis pardonnez ma mauvaise humeur, hein. Vous me connaissez : apprendre que de telles conneries se passent encore me font tellement chier que je m'en vais m'avachir devant Futurama. Voilà.
Courage, Monsieur l'ophtalmologue.
11:25 Publié dans Psychotropie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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31.10.2010
Psychologie de l'Art Absurde
Exposition d'art contemporain, samedi 30 octobre 2010.
Je suis un puriste. Ou tout au moins, un adepte de la tradition. C'est pourquoi jamais je ne me laisserai attendrir par un tableau blanc à la valeur intellectuelle inextinguible pour ceux qui adulent cette race d'"oeuvres".
L'art contemporain pourrait se définir pour les techniques et ainsi donc oeuvres (installations, tableaux, constructions, en bref, absolument toutes les choses susceptibles d'être détournées de leur fonction première) avant-gardistes présentant des marques originale par rapport aux procédés classiques de l'Art (pictural, vidéo, etc). Considérons ainsi l'art contemporain comme un art conceptuel, un art INTELLECTUEL et donc invisible pour certains, fluorescent pour d'autres. Ce qu'il y a d'intéressant à observer chez une oeuvre d'art contemporaine resterais sans nul doute la fascination que l'objet exerce sur celui qui l'admire. Quelles dispositions adopter pour apprécier une oeuvre d'art contemporaine ? Pitié, me dites pas qu'il est aussi agréable d'observer un tableau blanc qu'un Klimt, là, je crierais à l'imposture. Cette masturbation intellectuelle d'apprécier et de concevoir des limites conceptuelles à une installation qui doit être considérée comme une oeuvre commence avec les intentions mises lors de sa création : tiens, je vais prend une toile blanche et mettre un point noir dessus. Le blanc symbolise ça et le point noir, ça. Voilà. C'est conceptuel, c'est beau, c'est original, c'est pensé, c'est réfléchi. Zéro émotions, mais l'artiste aura étudié attentivement quel procédé utiliser et de quelles façons le relier avec sa mentalité, son idée, son système de pensée singulier qu'il aura voulu représenter. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : l'art contemporain vise à réduire un peu plus les limites entre la pensée et sa matérialisation en créant, par des techniques imaginatives, des concepts matériels représentatifs d'un système de pensée précise. C'est ainsi que prend toute la valeur de l'oeuvre de celle du tableau blanc ou d'autres oeuvres singulières telles qu'est la bande de cent centimètres tracées à la main sur une grande feuille horizontal ou encore la vidéo représentant couple filmé à leur insu et dont la vie est critiquée pour un "but artistique". C'est à ce moment là que l'on franchit la limite entre art et absurdité.
L'art contemporain, malgré ce que l'on a expliqué juste avant, possède des bons points... pour ceux qui aiment garnir leur Intellectualité de velléités pluriformes. Mais la dernière "oeuvre" que je viens de mentionner est un affront psychologique. Diffusée lors d'une exposition intitulée "Vive la mort !", un "artiste" filma à leur insu de seniors dans un café en train de siroter une boisson chaude. Ils ne se disent rien, ne répondent à rien, sont "statufiés". Une oeuvre qui représente l'ennui de la vie, la pétrification vivante de deux personnes qui ont tout vécu et qui n'ont plus rien à se dire et... Stop ! THAT'S BULLSHIT. Combien d'entre vous se sont déjà retrouvés avec l'être aimé sans avoir rien à se dire, que ce fût après une dispute, une mauvaise nuit de sommeil, des soucis en particulier ? Oh, pitié, ne vous masquez pas le visage, on s'est tous déjà retrouvés à deux et voir des anges passer. Alors de quel droit un pauvre hère s'est permis de filmer deux inconnus, de les exposer et de les juger ? Contraire à toutes les règles de l'art et même aux règles de l'art contemporain. Nonobstant cet affront, cet outrage à la vie d'autrui, exposant la vie de deux inconnus lors d'une exposition et s'affranchissant de plusieurs problèmes juridiques, l'artiste s'est permis de délaisser tout contexte lors de la réalisation de cette vidéo, permettant ce qu'on art jamais on ne fit auparavant : juger la vie des autres pour en faire une "oeuvre" qui n'en est pas une, délaissant toutes les formes de morale et de codes de vie sociale pour son propre plaisir intellectuel. Car il ne s'agit pas là de "recherche contemporaine "mais bien d'art malsain et inéluctablement absurde. Est plus absurde celui qui trouverait plaisir à contempler ce qui pour moi reste un affron psychologique. C'est comme prendre une phrase d'une oeuvre de Victor Hugo et la détourner de son sens premier en supprimant le contexte. C'est un jeu facile, ça, monsieur le soi-disant artiste, car à partir de ce principe, tout, absolument tout peut servir d'objet de jouissance entre les mains d'un tel système de pensée qui se veut artistique ? Mais cela respire la décadence et là où l'art a toujours été synonyme de respect, de grandeur et parfois trop de grandiloquence, ici, il devient synonyme d'absurde, d'irrespect, de morbide ; respecter la création d'un esprit malade possède aussi sa part de malsain. Mais je suppose que ça conforte les esprits. Ca conforte ces fortes têtes contemporaines qui, il faut le dire, se permettent de juger les autres et se considèrent supérieures. Apprécier une telle oeuvrte qui se prétend intellectuelle témoigne d'une si importante prétention et absurdité qu'il serait faux de ne pas la montrer, la grossir et l'explorer. L'art contemporain est un art vénal. Un art réservé aux intellectuels, à ceux dont la prétention peut grossir à vue d'oeil qu'ils trouvent moult interprétations à ce qui, à l'origine, physiquement, n'en possède aucune. Cela pourra, évidemment, sembler incroyablement réducteur aux yeux de certains mais la vérité est ici. En tant qu'observateur indépendant, juge et bourreau d'un art qui n'est que trop condamnable pour certains de ses rejetons et trop alambiqué pour les autres, je me permets de juger ce qui me juge moi-même, cette chose qui passe au-dessus des lois, qui met de côté la sentimentalité et qui tend à devenir un art robot, vide d'émotions et qui ne travaille que sur l'intellectuel, semblable aux mentalistes de la Seconde Fondation d'Asimov, des esprits dégénérés qui ne savent plus que penser et qui trouvent à tout le sens qu'ils veulent, trahissant alors la frustration d'être incapable de reproduire un tel schéma intellectuel et restant donc sur le banc de touche. Car lorsque l'on observe une oeuvre d'art contemporaine, nous ne pouvons la juger car c'est elle qui nous juge de prime abord. Comme une bête curieuse plus amusante que vous, les observateurs. Cela me rappelle une nouvelle que j'eus écrit il y a quelques semaines sur l'art au trentième millénaire, à peu près : un art robotique, vide de sensations, d'émotions et qui n'ait de libre accès que par son intellectualisation de ceux qui permettent de les juger, des esprits vides de sens qu'un robot transformera en objet de foire en les ridiculisant par leur prétention et leurs attitudes quandiloquentes. Un art dénué d'émotions perd de sa valeur lorsqu'elle n'est pas contemplé par celui qui ne saura se synchroniser avec elle. L'art contemporain restera à jamais un art d'initiés qu'il faut avant tout vénérer afin de pouvoir accéder à ses secrets... dans le double échange de devenir aussi juge que coupable.
22:53 Publié dans Journal mémoriel, Psychotropie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : art contemporain, vive la mort, exposition 30 octobre 2010 |
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27.10.2010
journal (9)
Mercredi 27 octobre.
Tout affamé que je fûs, le pot de Nutella parvenait à survivre près de trois jours.
Passé le cinquième, c'est le vide qui le combla.
10:54 Publié dans Journal mémoriel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : nutella |
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26.10.2010
Ballade cuntre les anemis de la France (lyrics - paroles)
12:19 Publié dans Musique... Musique ! | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : ballade cuntre les anemis de la france, peste noire, ballade cuntre les anemis de la france lyrics |
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Journal (8)
Samedi 30 octobre.
De nouveaux événements indescriptibles, cette semaine. Indescriptibles, car ils ne valent point d’être contés. Rien de cette semaine ne m’a laissé assez de traces pour que je dusse en raconter les aléas. Dussé-je honnête avec vous. Mais je fus, néanmoins, témoin d’une activité pour le moins intéressante. Les gens marchent plus rapidement. Se couvrent plus. Les premières paires de gants font leur apparition. Les plus irréductibles commencent à céder sous les assauts incessants d’un froid impartial. L’humeur en pâtit. Les bousculades sont plus fréquentes. Il y a dans l’air des tensions qui ne satisfont pas tout le temps. Tout au mieux, des marques légères d’attention. J’observe d’un œil neutre et parfois amusé les comportements de ceux qui ornent le décor de cette vaste bibliothèque pourtant si pauvre. Une Bibliothèque Universitaire qui vaut son pesant d’or. Un étage doté d’une superficie qui vaut à plus d’une vingtaine de fois mon appartement. Des milliers – voire millions ! – de livres.
Et je vous jure, mes chers amis, que dans ce moult territoire littéraire et engagé ne se trouve pas LE MOINDRE exemplaire de l’œuvre de Lovecraft, de Dan Simmons, du d’Isaac Asimov, de… NO FUCKIN’ ASIMOV ! Quand je me rassis à ma place et que je déclarai à mon nouveau compagnon d’études (préparation du Capes histoire-géo) : « je n’ai jamais vu une bibliothèque aussi pauvre… », J’ai eu droit à une dizaine de regards inquisiteurs me foudroyant sur place.
Des créatures qui ne sont pas de monde. Des êtres d’ailleurs qui ne connaissant ni la divinité Lovecraft, ni le Maître Asimov.
« No fuckin’ Asimov. »
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25.10.2010
Journal (7)
Dimanche 24 octobre 2010.
De nombreux jours ont passé. Occupé à tant de tâches que je n’ai su trouver le temps de conter mes plus récentes et extravagantes pérégrinations littéraires et psychologiques. Ce qu’il fallût à un esprit dérangé afin de trouver la paix résidait dans sa manière de raconter les choses. Je conclus d’après mes plus brûlantes observations de la science de Freud et de la psychosociolinguistique qu’on peut tirer du discours d’un individu beaucoup plus qu’une simple représentation du monde. Quand une personne vous décrit avec le plus de neutralité possible les événements extrinsèques de lui, cela vous en apprend bien plus sur sa nature propre que sur la nature du monde. On choisit de décrire un événement en fonction de notre rapport à cet événement. Ainsi, tel fait divers touchera une certaine quantité de personnes et en laissera d’autres indifférentes et vice versa. On peut aussi établir un certain ordre universel (des universaux) : on peut facilement dire que certaines personnes resteront insensibles au plus haut degré aux grèves contre la réforme des retraites, tandis qu’il sera plus difficile de concevoir un groupe de personnes restant de marbre et ne sourcillant pas à la connaissance des centaines de milliers d’innocents arrachés à leur vie, torturés et tués dans le contexte de la guerre en Irak. Eh oui, ainsi va la vie.
Ceux qui s’intéresseront aux informations (cf. Le Monde) se seront peut-être intéressés à l’arrachement du voile médiatique, social, bridé et partisan américain de l’Horreur de la guerre en Irak, concernant les multiples crimes de guerre infligés à des civils. Ce n’est pas que je me sens personnellement investi, mais je m’oblige à consulter régulièrement Le Monde. Le concours d’entrée réclame des connaissances quasiment précises sur l’actualité des faits des quelques mois antérieurs à la date échéante, donc autant dire que je ne m’intéresse pas réellement au monde d’un point de vue altruiste (mais en existerait-il vraiment un ?), mais plutôt dans un sens… lucratif.
Ce que j’ai à penser quand je lève les yeux et que je contemple avec farouche, ardeur et soupir les six feuillets collés sur le mur en face de mon bureau reste indescriptible. Il y a tant à faire et si peu de temps ! Pourquoi Diable n’y a-t-il que vingt-quatre heures dans une seule journée ? Un nouveau projet se dessine dans mon horizon mental. Quelque chose qui commencerait dans ce style : l’orée d’un adret, sous les sentiers battus d’une taïga qui s’éteint, entre chiens et loups en tapinois, dans les ténèbres. Des mots, encore des mots. Victor Hugo en est mort. Lovecraft les a rejetés. Les miens auront mon âme.
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15.10.2010
journal (6)
Jeudi 14 octobre 2010.
L'oeil observant au delà du judas, l'oreille attentive, je prêtai attention à chaque parole et chaque geste que manifestait le couple sur le seuil. Espionner son voisin n'est ni vertueux ni totalement déraisonné. Qui n'a jamais eu la culpabilité du désir d'un voyeurisme pervers, obscène, indiscret, ou curieux ? D'ailleurs, il est intéressant d'allier psychologie comportementale et voyeurisme. Je pus alors déduire, uniquement par la vision que j'eus derrière le judas de ma porte, quelques aspects psychologiques de mon voisin qui ne m'est alors plus tout à fait inconnu et bien que je ne sache ni nom ni prénom, je ne puis m'empêcher de l'utiliser comme distraction. Aussi l'appelerai-je donc Monsieur X.
Monsieur X est doté d'un ego important qu'il n'a aucune peine à revendiquer autour de lui. Il en fait sa force mais cela constitue aussi sa faiblesse. Il se cache derrière le syndrome de l'imposteur, craignant qu'un jour, quelqu'un découvre la supercherie de son manque d'intérêt et ceci le pousse donc à cultiver sa personnalité dans jusqu'aux moindres détails comportementaux. Sa façon de marcher et de se conduire auprès de sa petite amie montrent une certaine fierté en plus d'une affection certaine. D'après ce que j'eûs pu entendre, il craint de la perdre mais n'en est pas moins heureux dans le moment. D'après une simple observation, la relation semble bien se passer.
Monsieur X observe un intérêt important au point de vue vestimentaire, physique. Non seulement d'être sélectif dans le choix de ses compagnes, son propre physique le souci autant que les personnes qu'il fréquente. Un emploi possible dans le social ou tout au moins, un poste en relation avec du personnel développent cet attrait de sa personnalité. Il semble marcher droit dans la vie en ignorant ou en résolvant les conflits qui pourraient s'imposer à lui et tient à son confort tant qu'à son bonheur et à celui de sa petite amie.
Monsieur X voudrait faire crore qu'il n'est pas si attaché que sa à sa relation et, reprenant ses mots se "suffit à la voir une fois par semaine". Mais ceci est rapidement démenti par la séparation difficile qu'il doit observer et son empressement de revoir la Tendre. Evidemment, il balance entre son choix personnel de faire preuve de détachement et la peur de montrer un trop plein d'affections qui pourraient effrayer la demoiselle. Concluons que cette relation est récente et, si Monsieur X continue comme ça, devrait s'en tirer avec une histoire de plus en plus sérieuse et épanouissante pour lui - et je l'espère tout autant pour la demoiselle.
Evidemment, tout ceci n'est qu'un raisonnement inductif qu'il faudra me pardonner en cas d'insurrection contre certains de mes vices. Amen.
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14.10.2010
Journal (5)
Vendredi 15 octobre 2010.
N'est de beauté que dans les yeux de celle qui regarde. Celle change tellement plus que celui. Et de toutes manières, vous ne pourriez démontrer la complexité de cette axiome que par les déductions que vous en ferez. Telles sont les pensées qui m'ont traversés l'esprit aujourd'hui tandis que, perdu dans mes rêveries fugaces et monotones, je contemplais l'univers d'un oeil incertain et apathique. La mollesse de l'esprit n'est provoquée que par son inactivité. Or, aujourd'hui, il m'est arrivé de rencontrer Monsieur Fremniz. Un fou qui inspirait à devenir ingénieur en aéro-spatial. Monsieur Fremniz possède une moustache. Il marche généralement d'un pas pressé en lançant ses bras dégingandés d'avant en arrière dans une impression de mouvement inerte. Il rappelle un mort qu'on aurait laissé vivant. Il est un oxymore à lui tout seul et pourtant, il me préoccupe sans cesse. Mais Monsieur Fremniz est bien, là où il est. Il est enfermé dans une cellule dans une prison de haute sécurité. Mais là où il est, il n'existe plus vraiment. L'histoire l'a délaissé. Et Monsieur Fremniz ne sera plus jamais quelque chose de plus qu'un protagoniste relayé au rang de personnage subsidiaire. Adieu, Monsieur Fremniz.
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13.10.2010
L'ombre dans le ciel.
La réverbération de la pâle lumière des néons mordorés de l’aéroport sur les rambardes séparatives en couloirs privés numérotés accentuait la désagréable sensation de froid sur la paume de mes mains. Nos reflets se croisaient en des formes dissolues dans la chair même de l’aéroport, ultimes fusions de nos corps physiques et de l’atmosphère des lieux.
Nous étions arrivés.
Premier repère temporel : il est à peu près une heure et demie du matin, vendredi 23 juillet 2010. Les premiers aspects du vol ne peuvent qu’encourager un optimisme absolu tant l’excitation de découvrir un ailleurs était forte et l’impression d’envol importante. Finalement, nous embarquâmes à bord d’un vol d’une ligne Calédonienne à destination d’Osaka. Durée : neuf heures. Etat : patient. Conditions : moyennes. Neuf heures de vol, c’est comme un examen de deux jours. On vous séquestre dans un espace confiné dont vous ne pourriez sortir que difficilement et auquel on ajoute des cas de conscience frauduleux ; la moindre envie pressante vous force à forcer les autres passagers à se lever et à vous concéder la place, agent perturbateur de leur sommeil, repos, occupation quelconque si évidemment vous n’aviez la place à double tranchant d’être en abord du couloir principal. Cas de conscience numéro deux : douze mille mètres d’altitude, c’est haut. C’est à ce moment là que l’esprit humain se permet un nombre incalculable de fantaisies toutes plus cyniques, ironiques voire carrément démesurément hors de toute probabilité et qui portent tous la même anaphore cinglante, note de musique macabre sur l’orgue de mon imagination : « Et si… ? » Il ne faut généralement que peu de temps pour jeter ses idées de réacteur enflammées, de collisions d’avions ou pire encore, d’erreur de vol (car atterrir à Boston au lieu de Sydney pourrait se révéler pour vous la pire expérience de l’air que vous puissiez avoir, combien même vos bagages se perdraient en route, ce serait là le summum du « et si ») ; mais s’en débarrasser requiert tout de même l’effort intellectuel et imaginatif de se déclarer à soi-même que ses lubies ne sont que des fantasmes (car qui n’a jamais pris l’avion dans le faux désespoir de subir un crash ?) et qu’il serait grand temps de se consacrer sur la lecture d’un des nombreux ouvrages que l’on a apporté plutôt que sur l’historique des accidents d’avions depuis le 11 septembre. C’est pourquoi à ce moment précis, j’entamai la lecture de Cosmos Incorporated.
Lire du space-opera à bord d’un avion, c’est comme remettre en question le pouvoir du cinéma en s’attardant sur un téléviseur petit format ; la grandeur et la décadence du premier dans son irréalité surpassera toujours la vérité auquel on est confronté. Loin du vaisseau spatial amiral, de la flotte du commandant Xéon de la galaxie Ouest ou bien du drakkar saturnien qui vogue sur les disques gazeux de planètes, notre avion n’était qu’un modeste coucou qui survolait respectueusement les océans comme les hirondelles le faisaient depuis des siècles.
Je refermai l’ouvrage qui nourrissait déjà beaucoup trop d’idées farfelues dans mon esprit excité par le voyage. Time flight remaining : 07 : 36. Sept heures de vol, c’est long.
Je m’attardai quelque peu sur le programme vidéo proposé, n’y jetant que quelques coups d’œil furtifs et continuant de m’interroger sur la terrible question de la non-fainéantise : devrais-je, oui ou non, commencer à écrire lors de ce vol ?
Je relevai le dossier de mon fauteuil, saisit un cahier vierge que je réservai à cet effet ainsi qu’un stylo à bille noir de la marque Enzo Varini ; son embout cliquant du même gris que la pointe et que l’accroche qui le fixait à mon veston contrastait avec son survêtement noir métallisé dans lequel se reflétaient les ombres de ma compagne et des individus marchant d’un pas somnolant dans le couloir à notre gauche. J’appuyai sur le déclic une seule fois ; mine brandit, je commençai l’écriture de ce que je voulais tenir comme un journal de bord.
Rien ne me vint. L’absence d’inspiration était-elle due à cette altitude dont je n’étais point encore habitué ? Il me vint alors l’idée selon laquelle nous ne pouvions pas être habitués à l’altitude ; l’être humain était une créature terrestre. Les sensations désagréables que certains éprouvaient ne s’en iraient probablement jamais, quelque soit le confort dont nous disposions. Le concept même de confort à plus de douze mille mètres d’altitude était ridicule ; si haut, rien ne pouvait être confortable. Une telle hauteur est voisine d’une menace potentielle pour tous, qu’on en a ou pas conscience, l’Altitude est comme sa sœur Gravité : des ennemis naturels dont il faut à chaque instant nous méfier. Tombez du haut d’une chaise et égratignez-vous la jambe. Tombez du haut d’un avion et ayez confiance en Dieu : vous remonterez à lui aussitôt le sol touché.
Je croyais en la Gravité comme je craignais l’Altitude. On peut croire en Dieu, en la chance, ou bien croire qu’entrer dans un casino vous rendra riche, mais on ne peut décemment pas nier que l’on croit à la Gravité comme un ennemi. Elle lie au sol ceux qui désirent s’étendre dans les cieux et force les physiciens à la considérer dans chacune de leurs équations. Elle n’est pas seulement présente, elle est omniprésente. Et je pense sincèrement qu’elle ne pourra pas l’être plus qu’à douze mille mètres d’altitude.
Je battis des paupières et jetai un œil à ma gauche dans l’allée centrale. Nous étions placés à la rangée quatorze. Après le couloir, sur le siège 14-C, un vieil homme barbu et aux cheveux poivre-sel, les traits du visage tirés à tel point qu’on le croirait d’une humeur exécrable, semblait se battre avec la télécommande afin de choisir le programme vidéo qu’il voulait suivre. Les offres n’étaient que peu nombreuses, mais suffisantes pour se distraire le temps d’une dizaine d’heures de vol. Très étrangement, je ne me souvenais pas de cet homme. Ni de sa barbe, ni de ses traits désagréables, ni de ses cheveux grisonnants. Un léger frisson me parcourut ; j’ignorai tout à fait à quoi cette réaction était due mais le fait est qu’il me semblât je jamais avoir vu cette personne lorsque j’étais monté à bord de l’appareil.
Soit. Je fermai les yeux et tentai de retrouver le sommeil. Je pris la main de ma compagne que j’embrassai d’un baiser tendre et saisit mon casque audio que je portai à mes oreilles. La voix du chanteur de The subways m’empli la tête et lentement, je sombrai dans le royaume de l’onirisme.
Une heure ou deux devaient s’être écoulées depuis que je m’étais assoupi. Les paroles de la chanson have love will travel des The sonics entraient dans mes tympans pour en ressortir immédiatement, l’esprit trop engourdi pour réellement écouter ce qui passait dans mon crâne. Je tournai le visage vers ma moitié qui me déroba un baiser avant de replonger dans le film qu’elle regardait. Je m’étendis, bras tendus et me frottai les yeux, jetant machinalement à droite et à gauche des regards maladroits. Mon attention se posa sur la jeune femme près de nous, juxtaposé au couloir, siège 14-C. D’une taille fine et le visage surmonté d’une paire de lunettes à monture d’écailles, elle s’absorbait dans la lecture d’un ouvrage dont je n’arrivais à lire, ni le titre, ni le nom de l’auteur. Immédiatement, une sensation étrange s’empara de moi ; l’impression de n’avoir jamais vu cette personne auparavant lors de ma montée dans l’avion. Pourtant, il était impossible de détailler avec précision le visage de chaque personne, je n’étais pas assez dupe pour croire que ma mémoire était capable de mémoriser chaque faciès que je croisai. Néanmoins, j’avais réellement la sensation de ne l’avoir jamais vu.
Que se passe-t-il ? Une légère migraine s’épris de moi quand je tentai de réfléchir au sujet de la désagréable impression que j’avais.
- Qu’y a-t-il ? me demanda-t-telle au vu de la grimace que je faisais quant à la douleur que je subissais sans raison.
- Je ne sais pas, ce n’est rien. Juste un mal de tête… et un mauvais pressentiment, me soufflais-je.
- Tu veux de l’aspirine ?
- Non, merci… Je vais tenter de me reposer.
Je n’aimais pas beaucoup parler durant un voyage. En réalité, je n’étais pas réellement d’une nature bavarde ; il m’arrivait d’être prolixe en présence de personnes de bonne compagnie autour d’un sujet controversé, fait assez rare pour que je puisse m’en remémorer les dates. Mais aujourd’hui même alors que j’étais en cours d’un changement de fuseau horaire, je ne voulais pas parler.
L’intuition humaine est bien plus qu’un pressentiment, c’est un pouvoir de prescience de l’inconnu quand bien même celui-ci relève de l’étrange et à cet instant même, je n’avais encore jamais ressenti cela. Aussi, je décidai de partager mon sentiment « prémonitoire » avec ma compagne.
Mon crâne me fit souffrir de plus belle.
- Dis-moi, tu ne sens pas quelque chose de bizarre ?
- Qu’est-ce que tu entends par « quelque chose de bizarre » ?
- Je ne sais pas… regarde, là, à gauche, la jeune femme…
Je me tus soudainement. Le siège 14-C n’étant, à l’instant où je voulus la désigner, occupé par une vieille femme vêtue d’un voile noir sur le sommet du crâne.
- Quelle jeune femme ? demanda-t-elle, l’air non seulement intrigué, mais la grimace amusée sur ses lèvres témoignant de son manque de sérieux.
- Eh bien… non, laisse tomber, fis-je, arguant un faux sourire ironique.
Je ne comprenais pas ce qui se passait. Cette vieille femme…. Qui était-elle ? Où diable était passée la jeune ?
A douze mille kilomètres d’altitude, ce n’est plus qu’une question de confort ou de sécurité, mais de santé mentale. Je ne devais sans doute pas m’alarmer ; les maux de voyage affectaient peut-être mes perceptions.
Je prétextai une envie pressante afin de rejoindre les toilettes, histoire de me passer un peu d’eau sur le visage. En empruntant le couloir, je rassemblai mes esprits afin de tenter détailler chaque visage dont mes yeux croisaient le regard. Dans un avion comme dans un ascenseur, les gens perdent toute faculté de sourire ; vous êtes un étranger, un inconnu. Et en tant qu’inconnu, vous incarnez une menace. La menace. Ils fuient votre regard, vous détaillent des pieds à la tête tout en évitant vos yeux qu’ils jugent déjà lourd de sentence ; les plus intrépides oseront sans nul doute vous lancer un sourire de politesse. Vous le connaissez, ce sourire, celui de la peur, de la crainte, en même temps celui du cliché, de la faiblesse humaine, le sourire du perdant, le sourire de l’inconnu. Le sourire qui vous dit « j’ai croisé votre regard, je vous souris pour ne pas vous montrer mes dents. » Si nous étions revenus au temps où l’homme était aussi habile qu’un singe bonobo, ce sourire signifierait certainement plus : « j’ai croisé ton regard. Tu sais quoi ? J’en ai une plus grosse que toi. »
Le jugement. Tel était le prix à payer de celui qui souffrait d’une vessie trop petite, de maux intestinaux, de difficultés de transports, ou bien simplement des dix heures de vol ou encore pour les plus rares, de pertes de la raison. En l’occurrence pour ce dernier cas, le mien.
Je baissai les yeux, évitant de devoir me forcer à sourire malgré mon intense mal de crâne. Je m’interrogeai sur sa nature. Etais-je si sensible à l’altitude ?
Toilettes occupées. Evidemment. Les toilettes d’un avion ne sont jamais libres quand on décide d’y aller. C’est le cas de toute évidence sur les vols internationaux qui ne comptent pas moins de deux centaines de passagers. Je penserai à rédiger un courrier à ma compagnie afin de savoir pourquoi ils ne construisent pas des avions plus grands avec plus de toilettes. Tant qu’à vouloir du confort, autant aller jusqu’au bout des choses.
Le loquet se déplaça. Couleur verte. Accès autorisé.
Un homme en sortit, l’air à la fois renfrogné et gêné ; je baissai les yeux quand celui-ci passa devant moi et je pris immédiatement sa place.
Le miroir devant moi sembla m’accueillir avec générosité quand je m’attardai à l’examen de mes traits de visage et plus précisément à mes yeux. Allais-je bien ? Mon état de santé était-il configuré sur « OPTIMAL » ? Ou bien la boussole de mon corps avait été déboussolée par tant de changements climatiques, atmosphériques, physiques ?
Je me passai de l’eau sur le visage, tentant de chasser de mon esprit des idées incongrues ou trop dignes d’un hurluberlu pour que je daigne en trouver l’intérêt. Des images de personnes que je ne connaissais pas m’apparaissaient en tête comme des débris de songes perdurant en mon esprit comme des vagues corrodées par l’oubli.
Mon corps n’avait aucune envie dont je devais me soulager. C’est pourquoi je décidai de laisser la place à quelqu’un qui aurait plus d’intérêt que moi à utiliser ce lieu sacré. Endroit de repos, de tranquillité et d’apaisement du corps. Il n’y avait qu’aux toilettes que l’on pouvait être soi-même. Aux toilettes, nous étions tous mis sur un pied d’égalité. Le Président de la République s’y assoit comme Stephen King, tout comme vous. Il n’y a qu’à ce moment que l’on peut se placer au même rang que le reste du monde (tant qu’il y aura des toilettes disponibles pour eux). S’il devait exister un Dieu, ce n’est pas dans un temple qu’on devrait le prier, mais dans des toilettes, là où nous sommes tous égaux et où la tranquillité et le silence font foi.
Je sorti assez précipitamment, laissant la place à un petit garçonnet que je soupçonnai coupables de vouloir se dégourdir les jambes ; dix heures de vol, c’était trop pour un enfant d’ordinaire turbulent.
Je regagnai mon siège les yeux baissés, évitant tout regard, me privant bien heureusement de la gêne qui m’aurait forcé à sourire. J’avais compté les rangs ; quand j’arrivai à la quatorzième rangée, les poils de ma nuque se hérissèrent et mon mal de crâne revint à la charge. Le siège 14-B était occupé, non pas par celle qui partageait ma vie, mais par un petit homme au crâne chauve et aux lunettes relevés lui donnant l’air ahuri d’une taupe qu’on aurait forcé à embarquer à l’intérieur du ventre du Boeing. Je lui tapotai l’épaule discrètement, le tirant de sa rêverie.
- Veuillez m’excuser… mais c’est le siège de ma petite amie, dis-je, l’air non seulement renfrogné, mais sensiblement agacé par la situation.
- Hein ? Hein ? me répondit-il, grotesquement.
- Ce siège… ce n’est pas le votre.
- Si, si, articula-t-il pourtant en me dévisageant. Je suis là depuis le début du vol.
Et, voulant me le prouver, il brandit sa main droite qui serrait entre le pouce et l’index sa carte d’embarquement.
Je crus défaillir. Incompréhension. Malaise. Sueurs froides.
Son siège était non seulement marqué par le 14-B mais la destination n’était pas celle désirée.
Départ : Osaka. Destination : Punta Arenas.
Punta Arenas. Qu’allais-je donc faire vers cette ville dont j’ignorais jusqu’à l’existence même ? Il me semblât nécessaire d’éclaircir la question et ce pourquoi, je ne pus me contenir davantage.
- C’est n’importe quoi, c’est du délire, elle était là avant vous !
- Non mais vous allez vous calmer, oui ? s’énerva l’étranger, menaçant.
Un steward s’approcha, l’air décidé de régler le conflit que je venais de provoquer.
- Que se passe-t-il ? Quel est le problème ?
- Le problème est que cet homme a volé le siège de ma petite amie.
- Mais, Monsieur, dit immédiatement l’employé de la compagnie de transport, ce siège n’a jamais appartenu à votre petite amie. Vous êtes monté seul à bord.
Ces mots eurent l’effet d’une masse sur ma pauvre conscience déjà amoindrit par la violente migraine qui se fit alors plus redoutable.
Je vacillai.
- Non, c’est impossible, murmurai-je alors que je me sentais sombrer dans la plus pure folie.
Je les voyais autour de moi, leurs lèvres qui papillonnaient comme des vers exsangues, blanchâtres, vociférant des paroles de damné. Je n’écoutai plus ; je ne pouvais plus écouter. Ils étaient si proches de moi et je me sentais si loin de cette scène ; je n’entendais réellement plus rien à un point tel qu’il me fallait fermer les yeux. M’étendre. Dormir.
Dormir.
A mon réveil, tout était tel que je ne savais plus vraiment ce qui était réel et ce qui ne l’était pas. J’étais allongé sur une couche étroite, à l’intérieur d’une petite cabine que je devinai être la chambre réservée aux malades – ou aux personnes à problèmes.
J’étais devenu un problème.
Je battis des paupières et me redressai, m’interrogeant encore sur les faits produits. Avais-je rêvé ?
Une hôtesse de l’air passa près du couloir ; je l’interpellai aussitôt, tentant de cacher ce qui trahissait dans ma voix, un soupçon de peur et une inquiétude profonde.
- Mademoiselle, où sommes-nous, actuellement ?
- Juste au dessus de l’Inde. Nous arriverons pour Londres dans quelques heures.
- Londres ? Mais, nous ne devions pas aller à… Punta Arenas ?
- Non, répondit-elle simplement, son sourire ne s’effaçant pas le moins du monde. Il y a un médecin à bord qui ne va pas tarder à venir vous ausculter. Reposez-vous, en attendant.
Avant même que je ne puisse demander quoique ce soit d’autre, elle s’enfuit répondre au service du reste des passagers.
Je restai bouche bée. Il y avait définitivement quelque chose qui ne tournait pas rond.
Un homme aux cheveux grisonnants entra dans la chambre. D’une grande taille, très mince, il arborait un air profondément cynique et ennuyé au moment où ses yeux se posèrent sur moi.
- Alors, mon garçon, que se passe-t-il ?
- C’est vous, le médecin ?
- Docteur Slater. Diplômé en médecine… j’ai une maîtrise en psychiatrie. On m’a demandé de m’occuper de toi. Je réitère donc ma question : que se passe-t-il ?
- Il y a des gens dans qui disparaissent ici… et qui sont remplacés par d’autres.
Un blanc. Un silence dans la partition de mon témoignage.
- Dis m’en plus.
- A côté de nos sièges… Il y avait d’abord une jeune femme… puis il y en avait une autre… plus vieille… j’ai des visages qui m’apparaissent en tête, mais la sensation qu’ils n’existent plus me nargue sans cesse. Comme si c’étaient les images rémanentes d’individus qui se succédaient… et qui disparaissaient chacun leur tour, remplacé par d’autres…
- Intéressant, ce que tu me dis là.
- Et c’est arrivé à ma petite amie.
- Donc ta petite amie a disparu, c’est ça ?
- Oui. Nous sommes montés à bord ensemble.
- Tu en es bien sûr ?
- Oui.
- L’as-tu vu parler à quelqu’un ? Se lever ?
Je réfléchis. Je vois où cet individu voulait me conduire. Il tentait de prouver qu’elle n’existait pas non plus.
- Non, rien de tout ça.
- As-tu ses papiers, dans ce cas ?
- Elle les gardait sur elle.
- Dans ce cas, mon garçon, si tu n’as aucune preuve qu’elle soit montée à bord avec toi… et si personne ne l’a vu, que peux-tu en conclure ?
- Non… non, c’est bien trop facile… je ne suis pas fou… pas encore…
- Je ne dis pas cela, simplement que…
- Silence ! hurlai-je soudainement sans me soucier d’être entendu par les autres passagers.
Il se leva et me toisa de haut. Je me pris la tête dans les mains, fermai les yeux et réfléchis, me murmurant des paroles réconfortantes à moi-même.
- Alors, tu vas être sage maintenant ? prononça une voix grasse et percutante.
Je levai les yeux et me tétanisai d’effroi. Le médecin avait disparu à son tour, laissant à sa place un homme si gros qu’il me donna la nausée. Ses vêtements semblaient sur le point d’exploser sous la pression de sa chair ; je devinai à sa position qu’il devait s’agir d’un policier ou tout au moins, d’un membre d’un quelconque système de sécurité. Avec son écœurante carrure, il devait au moins dissuader jusqu’à même franchir l’entrée d’un McDonald’s si c’était pour un jour ressembler à un tel pachyderme.
- Qui êtes-vous ? lançai-je, agressif.
- De quoi ? Tu ne m’écoutes pas depuis tout à l’heure ?
- Ils ont fait des promos dans les fast-foods ? Parce qu’avec ce ventre, il y aurait de quoi fabriquer trois trampolines, dis-je d’un ton si amer et cynique que je vis son regard passer de l’ennui à la colère en une fraction de seconde.
Je n’avais aucun remord, aucune gêne de me montrer méchant. Elle avait disparu. Quelqu’un, quelque chose en était responsable. C’était une machination. Une pure folie. Je me remémorai les histoires extraordinaires que je lisais autrefois et qui régissaient mon imagination.
L’homme m’attrapa par le col et me lança une injure si grotesque que je ne vous la répéterai pas ici. Puis il me lâcha précipitamment et retourna s’assoir parmi les passagers.
Je ne comprenais plus rien et quelque part, j’avais l’impression de perdre toutes les choses qui composaient ma vie. J’étais un musicien furieux qui perdait à chaque air les notes de son instrument jusqu’à ce que son outil ne devienne plus qu’une planche de bois.
Je me levai et me penchai vers un hublot, tentant d’examiner l’extérieur, les nuages et le sol si celui-ci aurait été visible. Mais je vis autre chose qui me glaça les sangs. Une ombre difforme quasi humanoïde semblait voler en parallèle à l’appareil et se perdre dans les nuages. Je l’observai d’un œil terrifié, craignant que la créature ne me voie. L’ombre dans le ciel semblait zigzaguer avec un plaisir malsain et je la soupçonnais de me regarder pareillement que je la dévisageais avec effroi.
J’aurais peut-être dû hurler, alerter quelqu’un, mais au moment où je me retournai dans le but d’aller chercher quelqu’un – n’importe qui – dans le but de partager mon horreur, une main glacée m’attrapa le bras et me précipita sur la couche. Je ne pus voir le visage de mon agresseur mais il était doté d’une force suffisant pour m’immobiliser complètement à l’aide d’un seul bras. Je distinguai dans son autre membre une fine seringue dont la structure renfermait une substance violacée. Peut-être, oui, peut-être aurais-je me débattre plus intensément, crier, appeler au secours, mais une onde de désespoir et d’acceptation de mon sort m’envahis à tel point que je jugeai inutile toute résistance. Alors seulement, je fermai les yeux et attendis. Je sentais les manches noires de ma menace surnaturelle me frôler la nuque et finalement, je sentis une vive douleur à mon épaule qui m’ôta toute concentration, si ce n’était que de songer exclusivement à la souffrance qui se répandait dans mon corps. L’ensemble de mes membres devenait de plus en plus engourdi, mon cerveau semblait se ramollir, je craignais qu’il ne fonde et ne s’échappe par mes orifices faciaux. Finalement, ma conscience, luttant contre le poison, perdit la guerre et je sombrai dans un coma que je jugeai déjà préférable à ma situation.
Je ne sus ce qui se passa pendant ce laps de temps. Mon corps avait sans doute été déplacé, la réalité dans laquelle j’étais avait peut-être été modifié, ou bien y avais-je été définitivement ancré et alors j’arrêterai de me balader de dimension en dimension comme il sembla que ce fut le cas. Mais tout ceci relevait d’une expérience tant extrasensorielle qu’elle était incroyable terrifiante et qu’elle m’avait très certainement révélé ne serait-ce qu’un des secrets les plus occultes de ce monde.
Mes pensées me revinrent avec l’air connu de Smoke on the water de Deep purple à mon siège du 14-A avec, à mes côtés, ma petite amie. Au siège 14-C, un vieil homme barbu et aux cheveux poivre-sel, les traits du visage tirés à tel point qu’on le croirait d’une humeur exécrable.
J’avais l’impression de l’avoir déjà vu. Ce ne devait être qu’une impression.
Je m’étirai longuement, sortant de ce mauvais rêve avec la satisfaction de retrouver ma place et une certaine normalité. Normalité brisée par un très léger picotement sur l’épaule. J’y jetai un œil et y distinguai une minuscule cicatrice par l’endroit où s’était planté la seringue de l’assaillant qui n’était pas si rêvé que ça. Des sueurs froides me parcoururent en même temps que mon rythme cardiaque s’accéléra. Je décochai un sourire forcé rassurant à ma chère et me tournai vers le hublot, tentant d’offrir à ma conscience une chance de s’absorber dans autre chose que dans cette folie.
Aussitôt que j’y portai le regard, l’ombre dans le ciel se fondit dans les nuages.
Ali Julien, extrait Légendes crépusculaires du mythe de Lovecraft.
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Réinitialisation [Les Métalliques]
“L is for the way you look at me,
“O is for the only one I see,
“V is very, very extraordinary,
“E is even more than anyone that you adore can…”
Les derniers soupirs d’un songe désuet. Les murmures intemporels d’un esprit confus. De funestes pensées errantes dans un labyrinthe lugubre. Un labyrinthe aux parois étroites et aux galeries si profondes…
“Love is all that I can give to you,
“Love is more than just a game for two…”
Dans le néant où je semblai m’être perdu, seul l’écho lancinant de ce son qui parvenait à mes oreilles me transcendait jusqu’au plus profond de mon être. Un maelström de sensations toutes plus particulières les unes que les autres, toutes aussi étrangères ; des impressions fugaces et malines, des mots qui venaient se perdre dans ce qui devait me servir d’esprit et de conscience ; qu’étaient-ce que l’amour, la haine, l’amitié, la folie, la compassion, l’empathie, la honte, le regret… le bonheur ? Je cherchai dans mes entrailles électriques des informations relatives à ces termes qui étaient nés en mon for intérieur comme des éclairs qui avaient zébré mon cœur de glace.
Une lueur rouge m’apparut alors.
Et tout alla très vite. Je prenais conscience du lieu où je me trouvai ; il ne s’agissait guère du néant ou d’un labyrinthe tortueux, mais d’un appartement de classe S, niveau 2, qui se trouvait au quarante-septième étage du building commercial A-22, département militaire BX314. Un nom m’apparu à l’esprit. Monsieur Jordan B. Wells.
Autour de moi, tout devint clair. Mes panneaux d’affichages fonctionnaient correctement. Mon système d’exploitation me prévint que toutes mes fonctionnalités avaient été restaurées. La réinitialisation avait été parfaite.
Je fis disparaître l’annonce et organisai ma perception en fonction des besoins de la maison.
- Tu es réveillé ? demanda une voix derrière moi.
Je me retournai avec empressement, me présentant devant le Maître.
- Oui. Fonctionnalités restaurées. Programmation restaurée. Fonctions vitales restaurées. Initialisation du programme de reconnaissance vocale. Bonjour, Monsieur Wells.
- Bien, je vois que tout est en ordre. Il est assez étrange que tu sois déjà en état de marche. Je n’ai pas ordonné ta remise en route.
Je ne répondis rien à ce moment là, comme si je ne pouvais rien répondre à sa rhétorique. Je cherchai de mes oreilles métalliques le son prodigieux que j’eus entendu quelques instants plus tôt. Je ne l’entendais plus. Et très étrangement, l’envie de l’entendre de nouveau me fit vibrer jusqu’au dernier circuit du cerveau.
Mais je n’y pouvais rien.
- Puisque tu es de nouveau en état de marche, j’ai une course urgente pour toi.
Il se retourna et saisit un petit boîtier qui contenait, je le devinai, un nanofilm. Sans doute d’une importance capitale, étant donné la position commerciale importante du Maître.
- Prends ça et amène-le rapidement à Monsieur Kira Omaeda, appartement 1421, building C-03, département BZ022. Et dépêche-toi.
- Bien, Monsieur Wells. Il sera fait comme vous le souhaitez.
Ce son… ce son me manquait.
Je me détournai immédiatement de lui et me dirigeai vers la porte. J’utilisai le mécanisme de reconnaissance oculaire comme si je l’avais toujours fait. Le laser rouge qui pénétra dans ma rétine électronique grisâtre assombrit quelques instants mes panneaux de visions. La voix digitale de l’appartement m’annonça alors : « Au revoir, ST20 ».
ST20. C’était là mon nom. Ma dénomination. Je l’ignorai alors mais l’apprendre ne sut pas me donner ce que l’homme appelait « plaisir » et qui, je pense, s’apparentait à ce que j’avais ressenti lorsque les ondes sonores de tout à l’heure avaient traversé mon cerveau réinitialisé.
Dans le couloir blanc dans lequel je me trouvai maintenant, l’ascenseur se présenta immédiatement à moi. Je l’appelai par un identique processus oculaire et sitôt arrivé, ses portes métalliques m’ouvrirent sa gueule béante. Il y avait cela d’étrange qu’en y réfléchissant bien, cet ascenseur et moi étions frères. Nous faisions tous deux parties d’une technologie édifiée sous une seule et même Humanité. Bâtis par sa main et entretenu par cette même main, dans les mêmes matériaux, ou presque. Nos dispositions différentes et nos évolutions ont fait de moi le dernier né de la robotique tandis que mon frère n’en était resté qu’au stade précédent. Mais cela ne le rendait pas moins inutile : sans ascenseur, sans nul doute que les transports verticaux seraient réellement plus problématique.
Quand les portes s’ouvrirent au niveau 1, je ne pus m’empêcher d’avoir une pensée que je qualifiai aussitôt d’impersonnelle. Mais si les ascenseurs n’existaient pas, ils les auraient de toute manière inventés. Et moi, si je n’existais pas, m’aurait-on inventé ? Quelqu’un aurait-il pris la peine de mettre au point mes programmes, mes circuits, mon système intégral ?
Je posai un « oui » comme réponse à cette question et la chassai immédiatement de mon esprit, me concentrant sur ma tâche. Appartement 1421, building C-03, département BZ022, Monsieur Kira Omaeda.
Je me trouvai maintenant dans une immense zone d’activité où robots de toute classe et hommes et femmes de toute juridiction accouraient de toutes parts pour satisfaire les besoins d’un seul être : l’Organisme. Je comparai immédiatement ma vision avec une fourmilière dont je trouvai l’identification exacte dans mes registres. Des robots contrôleurs allaient et venaient, traquant les resquilleurs et les robots non militarisés. Une zone avec tant d’importance se devait d’avoir, non seulement une haute sécurité, mais aussi de grandes tendances à être victimes d’attentats.
Des pilonnes soutenaient les voûtes du toit et servaient de repères aux nouveaux venus. L’unique borne de téléportation se trouvait au centre même de tout cette agitation ; son accès n’était réservé qu’aux individus les plus importants que moi-même je n’avais jamais vu et aux robots de classe supérieure à la C-01. La lettre « C » correspondant à « Commandant », on pouvait se faire une idée précise du type de robots auxquels on aurait à faire. Froid, glacial, plutôt meurtrier, ou bien assez indifférent pour laisser crever à la ferraille un autre que lui, quel que soit son rang.
Je cessais d’observer et pressant le nanofilm dans ma main droite, je me dirigeai mécaniquement vers les étuves de transport et embarquai à l’intérieur sans consulter le contrôleur, un robot de ma classe étant prioritaire, cela m’évitait un bon nombre de procédures inutiles. Qui plus est, il ne m’avait fallu qu’un instant pour repérer l’étuve correspondant à ma destination.
A l’intérieur, deux rangées de sièges opposés avec ceintures de sécurité, des jalons qui marquaient des bornes d’arrêt d’urgences, du monde déjà installé. Pour nous robots, nous n’avions pas droit aux sièges ; la ségrégation robotique voulait que nous restions debout, nous tenant par les hampes au plafond. La vitesse impressionnante des étuves n’était rien pour nous, mais devait être éprouvante pour un organisme biologique.
Mise en marche des machines. L’étuve fonça à toute allure sur les rails en titane et s’arrêta deux minutes vint-deux secondes après au département militaire BZ022. En ce laps de temps fut traversées une vingtaine de zones et plusieurs centaines de bâtiments en un temps record.
Je descendis de l’étuve et me dirigeai vers le compartiment C. Les buildings s’élevaient haut au dessus de nos têtes, les titans industriels qui étaient à la fois la base de l’activité économique et celle de l’armée. La militarisation était partout.
J’empruntai la coursive 03 et me laissai porter par le flux automatique qui défilait à une rapidité qui devait être désagréable pour les êtres humains étant donné que les coursives n’étaient réservées qu’aux colis, bagages et robots. Voilà à quel « rang » nous étions élevés : celui de poids. Au même titre qu’une valise économique taille XXL qui pouvait contenir jusqu’à trente-sept kilogrammes et sept cents vingt-trois grammes de documents, vêtements, armes et drogues, ou bien qu’un attaché-case de luxe de type bon-chic bon-genre avec intérieur cuir et agrafes en or avec fibres de titane pour une masse initiale de huit kilos. Je n’étais pas même entre les deux.
A l’arrivée, un coursier était chargé d’attraper tout objet afin de le placer que les tapis roulants qui traversaient l’ensemble de la gare et dont chaque élément était criblé par plusieurs champs de rayon X afin d’en déceler jusqu’au dernier trombone. Quand un bagage était soupçonné de contenir une menace, son propriétaire était immédiatement recherché par l’ordinateur central de la gare militaire, l’intelligence artificielle la mieux conçue de notre temps ; à sa disposition, pas moins de douze mille quatre cents trente caméras dont la taille était inférieure à celle d’une puce électronique, huit mille deux cents trente-cinq scanneurs rétiniens tous sous la surveillance de l’Interface de contrôle et j’ajouterai même la présence des quelques cinq milles vaisseaux de surveillance de classe C qui patrouillaient dans l’ensemble de la zone militaire, recouvrant alors une superficie de plus centaines de kilomètres.
Je quittai la coursive avec un empressement mécanique et un instant plus tard, me retrouvai devant l’immense bâtiment. Impressionnant, certes, mais sensiblement rien comparé aux merveilles architecturales qui poussaient en orbite autour de la Terre sur l’astre lunaire. Les laboratoires qui s’y élevaient étaient dans les derniers retranchements de la pointe de la technologie, leur Interface de contrôle remplaçait même l’organisme éthique humain, laissant alors l’évolution industrielle être à l’origine de la nouvelle évolution industrielle.
La lumière rouge du scanner rétinien dans mon œil artificiel assombrit mon volet de contrôle droit, masquant quelque peu les informations relatives aux caractéristiques du lieu. Mes capteurs sensoriels m’indiquant la température, l’altitude à laquelle je me trouvai selon un référentiel terrestre à zéro, la santé de mes processeurs utilisés pendant leur fonctionnement afin d’éviter un surplus d’énergie mécanique dans un membre, le taux de réceptivité de mon CEM… généralement bas.
Le laser rouge disparut et la porte s’ouvrit, les caractéristiques de mon modèle apparurent sur un petit écran en lettres vertes en surbrillance. J’ignorai ces informations déjà inscrites dans mes circuits et me pressait davantage afin d’achever la mission qui m’avait été confiée.
J’empruntai l’ascenseur et me remémorai ce que j’eus pensé tout à l’heure quand j’eus réfléchi à nos éventuels liens de parenté ; et je chassai immédiatement l’idée quand je me rendis compte que j’étais déjà sur le palier de la porte 1421. J’actionnai un interrupteur qui, je le savais, venait de déclencher par le biais de circuits électroniques et d’intensité électrique un son aigu qui prévenait de ma présence. Je dû attendre que l’occupant de l’appartement, Monsieur Kira Omaeda, lance la procédure d’entrée sécurisée.
Un scanner rétinien se hissa hors du mur dans un léger sifflement ; je réitérai la procédure et plaçai mon œil droit devant le laser rouge qui eut tôt fait de m’assombrir. Finalement, celui-ci se rétracta et retourna à l’intérieur du mur où un épais volet métallique le protégeait. Phase une, terminée.
A droite de la porte se découvrit alors un clavier sur lequel il me fallait taper les six chiffres d’identification de mon Maître. Une seule pensée à la vitesse d’un électron dans un circuit fermé fit résonner les chiffres dans ma tête. D’un index, j’enfonçai alors machinalement comme si je l’eus toujours fait les caractères A – 9 – 1 – 4 – Z – 0.
La porte coulissa vers le haut dans un ronronnement mécanique. Je vis une paire de jambes m’apparaître au fur et à mesure, puis un bassin, des mains, des bras, un corps et enfin une tête qui devait très certainement être identique en tous points que la mienne.
Entre robots, nous n’échangions jamais de platitudes. Le but de toute conversation étant d’aller au centre des choses, personne n’avait encore programmé de dispositif perte-de-temps-en-bavardages, aussi, j’en vins à l’essentiel immédiatement.
- Ce boîtier doit être remis immédiatement à Monsieur Kira Omaeda.
- Bien, articula sèchement la mécanique.
Je lui tendis le nanofilm et lui s’en empara aussitôt. Il me tourna le dos et la porte se mit à coulisser immédiatement, se refermant tout de suite entre lui et moi, n’ayant que pour dernière vision son dos par lequel pendait un épais câble qui servait à le connecter à l’Interface Centrale. Sans nul doute était-il en train de recueillir des informations pour le service de son maître, ou bien il observait à travers les quelques milliers de yeux enregistreurs disposés sporadiquement partout dans la station.
J’en détournai l’attention et réempruntai l’ascenseur pour regagner la cour principale et la zone de transports. Je réitérai la même opération rétinienne que la précédente – la sécurité ici était loin d’être négligée – et retournai à la coursive d’où j’étais parti. Ma mission terminée, je savais que mon occupation était, d’office, de retourner à l’appartement au service de mon maître.
Je m’arrêtai net devant la coursive de retour devant laquelle un contrôleur renvoyait tout robot et bagage. Je compris : la machine était défectueuse. Les tapis ne bougeaient plus et peu après l’entrée une équipe s’occupait déjà de la réparation du matériel.
Je me renseignai auprès de l’individu de la façon que je devais prendre maintenant afin de rejoindre la zone BX314, bâtiment A-22 ; les indications qu’il me donna étaient claires et simples, je ne demandai pas un détail de plus et ne lui souhaitai ni au revoir ni une agréable journée : en tant que robot, il n’avait rien à faire, ni des au revoir, ni des bonnes journées. Je me rendis immédiatement à la coursive E qui me conduirait à une étuve commerciale. Le transfert fut aussi rapide qu’à aller.
Au bout du tapis, j’aperçu l’étuve E qui m’aurait bien étonné si j’avais été programmé pour ressentir l’étonnement : des hommes, femmes et robots de toutes classes embarquaient pour la même destination que moi, des militaires, des hommes d’affaires, des commerçants, des mendiants, des robots de sécurité et des jeunes recrues. J’embarquai à leurs côtés et constatai, sur le sol, entre deux rangées de siège, un pauvre homme vêtus de haillons, noyé dans une misère certaine et à ses pieds, une écuelle comportant quelques malheureuses pièces. Je compris que l’étuve dans laquelle je me trouvai était un de ces vieux modèles qui circulait à une vitesse de croisière bien inférieure à celle que je connaissais d’habitude : le temps de transport était à peu près multiplié par vingt, ici.
Je pris conscience du fait que je n’avais encore jamais vu l’extérieur des zones C et A, puisque mon accréditation était limité à la zone A, B, C et E. La zone D noté « D-fence » était celle avec le degré d’autorisation le plus limité au niveau robotique.
Et très étrangement, le fait que j’allai voir de mes propres yeux artificiels un lieu nouveau semblait me « plaire ». J’y trouvai là assez intéressante la sensation de…
Ma pensée ne vit pas son bout. Un son étrange et particulièrement troublant virevolta dans mes oreilles comme l’avait fait ce matin l’autre son étrange et inqualifiable avec lequel je m’étais éveillé. Je cherchai sa provenance d’un œil inquisiteur et découvrit à quelques pas de moi, au sol, le vieil homme pathétique tenant à ses lèvres un instrument étrange que je ne sus identifier, son inexistence dans mes registres créant alors un trouble dans mes circuits.
Il s’agissait d’un objet long, d’un plastique blanc très rigide, sur lequel des trous perçaient la coquille et qui étaient bouchés par intervalles réguliers par les doigts du vieil homme. La pointe de l’objet dans sa bouche, il semblait souffler – ou inspirer ? – et produire ce son qui semblait à mes tympans cybernétiques comme un apaisement de mes circuits. Je distinguai, aussi affolant que cela aurait pu paraître, une activité de mon CEM élevée à soixante dix-huit pour cents et tandis que je tentai de comprendre à la fois en quoi était due cette subite augmentation et cet intérêt soudain, je me sentis traversé par une vague d’impressions étranges, une partie de mon cerveau qui n’avait rien d’organique me soufflant que c’était là un aperçu de ce que pouvait ressentir un être humain. Je me laissai porter par les ondes sonores de cet objet qui semblaient capables de me transporter à des milliers de kilomètres d’ici. Des mots et des paroles qui ne m’appartenaient pas s’évanouissaient en mon for intérieur et retentissaient dans un écho ultime.
Comme les derniers soupirs d’un songe désuet.
“L is for the way you look at me,
“O is for the only one I see,
“V is very, very extraordinary,
“E is even more than anyone that you adore can …”
Je lâchai la hampe et me posai devant l’homme ; je sentais qu’une étincelle dans mes yeux venait d’illuminer mon regard de robot, mais je ne pouvais rester immobile. Je m’interrogeai d’une façon si violente que j’aurai cru approcher ce qui était sans doute de la douleur pour un être humain.
J’aurais voulu en savoir plus, connaître, apprendre, découvrir ; je m’approchai de lui et m’accroupis. Il cessa de jouer instantanément et me lança un regard surpris par ma conduite ; je devinai que nul de ces personnes et robots ici présents ne s’était déjà arrêté afin de l’écouter et plus encore, d’entamer le dialogue avec lui.
Moi-même je pris conscience que je n’avais encore jamais adressé la parole à quelqu’un d’autre en dehors d’individus concernés par les missions que m’affligeait mon maître.
- Que voulez-vous ? me dit-il en s’adressant avec un ton de respect et de peur.
- Je vous écoutais.
- Vous ? Vous, robot, vous m’écoutiez ?
- Oui. Comment s’appelle cet objet ?
Le vieil homme semblait me dévisager longuement. Aurais-je commis quelques faits étranges à son égard ? Je ne comprenais pas totalement la nature suspecte de ma demande mais je supposai que je devais avoir mal fait quelque chose, pour avoir ainsi provoqué tant de… singularité dans ses yeux.
- C’est une flûte, me dit-il finalement. On n’en trouve plus, des comme ça, me dit-il alors avec une telle franchise que cet homme me parut être qualifiable de bon.
- Une flûte. Une flûte.
Je répétais ce mot avec tant de surprise et de contentement que cela effraya le vieillard.
- C’est un instrument de musique…
- De la musique. J’aime la musique.
Il fronça les sourcils et continua à jouer. La mélodie me traversa les oreilles et je me sentis être transporté ailleurs. Tout autour de moi semblait loin, extrêmement loin. J’aurai voulu donner de quoi récompenser cet homme mais je n’avais pas d’argent sur moi, jamais. Alors, je continuer de l’écouter, comme si plus rien d’autre ne comptait. La « mélodie » telle qu’il l’appelait était si belle que j’aurai voulu pouvoir l’enregistrer pour pouvoir l’écouter indéfiniment. Il me paraissait alors mieux cerner certains concepts typiquement humains qui étaient depuis longtemps hors de portée de robots. Je devais être le premier, le seul qui avait jusqu’ici eu l’audace de porter l’attention à cette mélodie. Mon vocabulaire venait de s’enrichir de nouveaux mots : flûte, mélodie, instrument, musique. C’était une sensation indescriptible, même pour moi.
Il cessa de jouer.
- Encore.
- Voudriez-vous essayer ? me demanda le vieil homme, me tendant sa flûte.
Je remarquai qu’il devait s’agir là de son bien le plus précieux. La zone commerciale était le seul lieu où étaient tolérés les mendiants, et lui me prêtait son gagne-pain de misère. J’aurai voulu témoigner de ma gratitude et de ma reconnaissance mais je ne savais comment.
J’attrapai l’objet aussi délicatement que je pouvais avec mes doigts de métal et alors, l’imitant, le porta à mes lèvres.
- Voilà. Maintenant, soufflez pour produire des notes de musique.
« Des notes de musique. » Cette phrase s’ancra dans mon esprit comme une des choses les plus importantes que j’eus pu apprendre aujourd’hui et avec une extrême attention, je tentai de l’imiter, mais aucun son ne sortit.
- Ah… vous êtes un robot. Vous ne pouvez pas souffler. La flûte, ce n’est pas pour vous, déclara-t-il avec un air qui se voulait sans doute compatissant.
Ma déception était totale. L’échec aussi. Je ne pouvais pas l’imiter. Un robot ne pouvait pas jouer de la flûte. Un robot ne pouvait pas jouer de la musique. Ce n’était pas pour nous, ça. Ce devait être une activité réservée aux êtres humains.
J’en étais désolé, affligé.
Je sortis l’instrument de mes lèvres glacées et le remis à son propriétaire.
- Je connais un air qui va vous remonter le moral, dit-il alors.
Encore un mot que je ne connaissais que très vaguement. « Moral ». J’avais une fiche technique très précise au sujet de la morale et de ce que je pouvais faire et ne pas faire. Il n’y avait rien au sujet de la musique à l’intérieur.
Le vieillard porta ses lèvres au bout de la flûte et commença à jouer de nouveau. Au bout de quelques notes, il s’interrompit le temps d’une seconde et m’avertit :
- En fait, cette musique s’intitule nocturne.
Il recommença à jouer. J’admirais avec quelle vigueur et quel force les notes perçaient mes tympans et venaient se loger à l’intérieur de mon crâne métallique. Je considérai cet homme comme un véritable miracle ; mais le constat singulier que personne dans l’étuve ne le considérait du même avis m’affligeait au plus haut point. Ne se rendaient-ils pas compte du génie qui était en face d’eux ? De la beauté de sa production ? Si j’avais été humain, je l’aurai accueilli et hébergé en échange de son talent. Visiblement, cet homme n’avait pas été aidé par la vie et rien en mon pouvoir ne pouvait me permettre de changer sa situation.
Alors, j’écoutai. Quelque chose semblait s’opérer en moi. Quelque chose qui fit que je me sentais différent. Quelque chose d’à la fois effrayant et merveilleux. Etait-ce cela, l’émotion ?
Il cessa de jouer. Je sentis l’étuve freiner tranquillement et s’arrêter sans brutalité. L’homme rangea sa flûte dans un petit étui qu’il fourra machinalement dans une des poches de son manteau brun troué et se releva avec difficulté.
- Au revoir, Monsieur, dit-il en passant devant moi et me quittant.
Je ne répondis rien.
« Au revoir, Monsieur. »
Un être humain, un homme, un étranger m’avait appelé « Monsieur » ! Je n’en revenais pas. Cela était impossible. Ce n’était pas n’importe qui, c’était la première personne de ma connaissance à avoir traité un robot comme un de ses égaux.
Le sentiment que j’en ressenti était très certainement de la fierté. Fier.
J’étais un « Monsieur ».
Je passai le dernier scanner rétinien de la porte de l’appartement de mon maître ; la porte coulissa et j’y pénétrai, l’air de la flûte toujours dans mes oreilles.
Mais immédiatement, une musique, celle de ce matin, avec laquelle je m’étais éveillé, me perça de nouveau les oreilles.
“L is for the way you look at me,
“O is for the only one I see,
“V is very, very extraordinary,
“E is even more than anyone that you adore…”
Mais aussitôt que je sentis cet air me transporter, il cessa immédiatement, mon maître constatant mon retour et se précipitant vers moi.
- Ah ! Tu es de retour. Tu as été bien long, qu’est-ce que tu as fait ? Et le boîtier ?
- La coursive C était en panne à mon retour. J’ai bien remis le boîtier à l’appartement 1421.
- Bien.
Il se détourna de moi et pénétra dans son bureau. L’espace dans lequel je me trouvai était un petit salon dans lequel était installé mon dispositif de recharge et de connexion à l’Interface, ainsi que le matériel de reprogrammation. Une petite table basse en bord du sofa était l’endroit qui accueillait les invités du maître lorsque celui-ci avait d’importantes affaires à gérer. La plupart du temps, j’étais tenu de rester dans ce salon afin de me tenir à sa moindre disposition. Mais cette-fois, les choses étaient différentes. J’avais besoin de cette musique. De ce son. Si je ne pouvais pas en jouer, alors je voulais en moins pouvoir en écouter.
Je me dirigeai vers le bureau du maître, une pièce à part dont la porte était constamment laissée ouverte. En m’approchant, j’entendais un air qui m’était tout à fait inconnu et qui me séduisit tout autant ; je m’approchai désormais non plus pour lui soumettre ma requête mais pour écouter ce qui sortait de son bureau.
Quand il m’aperçut, il coupa le son.
- Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il sur un ton que je jugeai agressif.
- Je voudrais pouvoir écouter de la musique.
Ses yeux ressemblèrent à cet instant à deux grandes soucoupes. La grimace étrange qu’il fit semblait à mon désavantage total.
- Toi ? Toi ST20 ? Tu veux écouter de la musique ?
- Oui.
- Ne me fais pas rire ! Tu es un robot. Ce n’est pas pour toi, ça, dégage de mon bureau, maintenant !
- Bien.
Je reculai de quelques pas et restai caché à côté de la porte qu’il vint fermer pour la première fois. J’essuyai une fois de plus un échec : à défaut même de pouvoir jouer de la musique, je ne pouvais pas même en écouter.
Il me semblait ressentir quelque chose d’étranger : était-ce cela, la frustration ? Ou bien était-ce la colère ? L’envie ? Je ne sais pas, je ne savais plus. La situation de tout à l’heure, dans l’étuve, en compagnie du vieil homme me paraissait bien loin maintenant.
Soudain, quelques notes de musique me parvinrent de nouveau. Le maître avait rallumé son appareil. Je voulais en écouter, moi aussi.
Je m’accroupis au sol et colla mon oreille gauche sur la porte.
J’entendais.
Je fermai mes paupières métalliques et écoutai cette musique lancinante qui m’apparaissait comme un vieux songe de robot éteint. Je pouvais le dire : cela me faisait du bien. C’était devenu ce que les hommes appellent « une drogue ». Quand on vient à en manquer, on se sent mal.
Il me fallait de la musique.
Alors je restai là, dépité, accroupi sur le sol, l’oreille contre la porte, écoutant les battements sonores de la musique faire vibrer mes tympans électroniques.
Et j’en retirai la plus intense satisfaction.
Je ne sais pas combien de temps je restai là à écouter sans m’ennuyer. Sans doute le degré d’agitation extrême pour mon cerveau était bien trop important pour que je puisse avoir la notion du temps. Il y avait en cela quelque chose d’étrange à la musique que d’exciter mon moteur cérébral, mais je n’y voyais là que la réponse adéquate à un appel sonore et cinglant qu’étaient les notes qui me traversaient.
Finalement, elle cessa, soudainement, comme si les musiciens avaient été coupés en plein élan. J’entendis les pas de mon maître. Je me redressai immédiatement au moment où celui-ci ouvrit la porte.
- ST20 ! Qu’est-ce que tu fais derrière ma porte ? Tu écoutais ?
- Oui.
- Tu n’as pas conscience de ce que tu fais ! La musique, ce n’est pas pour toi ! La prochaine fois que je te surprends en train d’en écouter, je te réinitialiserai. Tu sais ce que ça veut dire ?
- Oui. Je perdrai l’intégralité de mes données actuelles.
- Exact. Et à ce moment là, tu perdras ta malsaine curiosité pour la musique. C’est bien compris ?
- Oui.
- Bien ! Gare à toi, maintenant.
Sa sévérité et son manque total d’empathie envers les robots faisaient de lui un être qui n’était sans doute nullement apprécié des autres robots et possiblement des autres hommes. Je connaissais sa propension à résoudre les conflits de son entreprise et à gagner beaucoup dans ses affaires, mais son relationnel avec moi n’était pas ce qu’il y avait de plus brillant. Il devait considérer qu’une créature mécanique comme moi était sans importance. Il avait en cela raison que j’étais remplaçable, pourtant, je me sentais différent. Après tout, un homme m’avait appelé « Monsieur » ! Et j’avais deviné à sa surprise que je devais être le premier robot à apprécier la musique comme un véritable être humain. Mais ça, il ne pouvait pas le savoir. Pourtant, je n’avais en aucun droit le pouvoir de lui faire comprendre, s’il ne me posait pas la question. D’autant plus que je devais être à ses yeux rien de plus qu’un outil. Je n’avais pas droit à la parole s’il ne me la donnait pas et en cela, mon mutisme allait très certainement mettre fin à toutes mes ambitions auditives.
Aussi, je pris une décision. R évolutionnaire. Je serai sans doute le premier robot à oser commettre ce qu’ils appelleront plus tard, un affront.
- Pourquoi ?
Il se retourna et me dévisagea longuement, les lèvres courroucées.
- Comment oses-tu demander la parole sans que je te la donne ? Tu es un robot de classe moyenne, je te le rappelle. Tu n’as le droit de parler que lorsque je t’en donne l’ordre ou tout au moins, la permission !
- Pourquoi ne puis-je écouter de musique ?
- Tu n’es pas sensé aimer la musique, les robots n’aiment pas la musique ! Vous êtes conçus pour obéir, pas pour aimer. Maintenant, ceci sera mon dernier avertissement, si tu ne t’arrêtes pas immédiatement de parler, je devrais prendre des mesures draconiennes.
Je me tus, suivant son ordre, à mon plus grand désarroi. La musique avait cassé quelque chose en moi. Je n’étais plus comme avant. Je ne me sentais plus comme avant. Sans doute avais-je acquis quelque chose que bien peu avant moi découvrirent : l’évolution individuelle.
Quelques heures s’écoulèrent. Le maître était resté silencieux pendant ces et vaquait à ses occupations, entre ses coups de fil et son bureau. J’ignorai sur quoi il travaillait et je devais bien reconnaître que cela ne m’intéressai pas le moins du monde. Je venais de découvrir une nouvelle sensation qui, je pense, était celle de l’insécurité. Je l’observai d’un œil que je faisais passer pour distrait afin de ne pas être accusé de lui porter un intérêt inquisitorial. Pourtant, je le fixai et constatai qu’il me décochait de temps en temps des regards soupçonneux. Pourquoi ces regards ? Avais-je enfreint une des lois qui régissaient mon utilisation ? Il me semblait que non. Mais la sensation qu’il parlait de moi à plusieurs personnes au téléphone me semblait justifiée au vu de son comportement. Il m’observait aussi. Semblait plus nerveux. S’était versé davantage de sucre dans son café. Avait provoqué accidentellement la chute de son stylet. Que se passait-il ? Je ne l’avais jamais vu se conduire ainsi.
Il y avait quelque chose d’étrange, j’en étais sûr et certain, mais je ne pouvais m’affirmer. En réalité, je ne pouvais pas réellement juger ce qui était étrange ou pas, mais soit : je n’avais pas son attitude.
J’arrêtai de l’observer et me déplaçai au salon où je restai debout contre le mur, attendant des ordres et tentant au mieux de me remémorer les airs musicaux. Ils trônaient dans ma tête.
Les derniers soupirs d’un songe désuet.
Je ne comprenais pas la haine que portait mon maître au fait que j’écoutasse de la musique. Cela était-il moralement inacceptable pour lui que son robot domestique fût adepte de musique ? Il fallait croire que oui. Et cette idée me rebuta.
Plusieurs heures s’étaient écoulées d’après mes cadrans. Le maître semblait s’être assoupi dans son bureau duquel s’entendait encore une musique lancinante qui aurait eu tous mes égards si j’avais pu être à sa place. Mais je n’étais pas en mesure de pouvoir réaliser tel souhait.
Aussi, une idée étrange émergea dans ma cervelle robotique.
L’activité de ce mon CEM s’élevait à quarante-huit pour cents. Un chiffre bien trop élevé pour un robot au repos. Il y avait quelque chose qui clochait ou tout au moins, qui paraissait assez étrange pour que je daigne y accorder de l’intérêt.
Chose que je ne fis pas.
Contre toute attente de la part du maître et de tous ceux qui auraient pu se poser la question, s’intéresser à la vie de la robotique, espionner les évolutions individuelles de certains spécimens tels que moi, je pris une décision qui n’appartenait qu’à moi.
Moi, Monsieur.
Un Monsieur exerçait des choix sur sa vie. Je n’avais peut-être pas de vie mais j’avais assez de conscience électrique pour recréer les conditions de choix qui étaient disponibles pour un bon nombre de bipèdes avant moi. Alors seulement, le choix était fait. J’étais sous l’emprise d’une curiosité qui me rendait irresponsable, je l’accordai ; néanmoins, une curiosité qu’aucun robot avant moi n’avait eu l’audace de suivre comme s’il s’agissait de quoi nous étions totalement dépourvu.
C’était l’instinct.
Je me dirigeai vers la porte, passai le scanner rétinien sans scrupule aucun et empruntai ce bon vieux frère d’ascenseur. Cette fois-ci, je n’eus aucune pensée cohérente ou jugeable d’intelligente pour que je daigne les approfondir. Je n’avais pas le temps pour cela, maintenant que j’avais fais un choix comme si j’étais réellement un Monsieur. Les Monsieurs n’ont que des pensées brillantes ou tout au mieux, géniales et assez importantes pour qu’ils en parlent sans cesse.
Les hommes parlaient constamment. Parfois même, ils en disaient énormément sans ouvrir la bouche. J’avais déjà remarqué cet état de fait lorsque j’avais été amené à utiliser l’ascenseur en compagnie de mon maître. Constater ses regards douteux, sa gêne évidente, ses désirs primitifs qui ressortaient vis-à-vis de la femme qui s’était malheureusement pour elle retrouvée en sa compagnie le temps d’un transport, moi et mon frère-ascenseur avions eu tout le loisir d’observer des comportements humains des plus fascinants – et des plus abjects. Sans doute les hommes redevenaient ces créatures dégueulasses de pulsions malsaines lorsqu’ils étaient seuls et qu’ils pensaient que personne ne les observait avec l’intérêt inquisitorial d’une bête curieuse. Mais j’étais là. Les yeux de l’ascenseur aussi et, du haut de son moniteur de contrôle, si son système d’exploitation était assez performant, lui aussi aurait pensé la même chose.
J’acquis une nouvelle notion en même temps que je réfléchissais à ce fait divers : celui du souvenir. Mon cerveau électronique devait sans doute tout enregistrer ; enfin, tout ce sur quoi nous posions les yeux, nous autres robots de classe ST. Et à notre insu. Rien dans nos fichiers n’indiquait une quelconque information au sujet d’un enregistrement permanent, aussi, je décidai de laisser cette nouvelle idée de côté et de me concentrer sur mon premier concept. Je me souvenais de plus en plus, j’avais acquis là le pouvoir de me remémorer les choses et d’en constituer alors un répertoire personnel de connaissances. Je pouvais ainsi m’enrichir spontanément de ce que je voulais, de ce que j’observais, de ce que je pensais. Toutes les conclusions que je tirai n’en étaient elles-mêmes que l’inférence d’un développement personnel supérieur. J’étais devenu plus qu’un simple robot de mon rang, désormais que je pouvais me souvenir de ce que je pensais et de tout acte que je réalisais.
J’étais véritablement un Monsieur.
En bas, je repris la direction de la coursive E. Celle de la classe moyenne. Je ne réfléchissais plus vraiment à ce que je faisais, en réalité ; j’étais tout simplement guidé par une idée, une seule idée.
Je venais d’apprendre encore une fois quelque chose de nouveau. Les idées peuvent bouleverser le monde. Son propre monde. Les idées peuvent rendre irresponsable, nous faire oublier les conséquences de nos actes, nous donner à réfléchir sur notre origine, nous languir d’un plaisir que nous savons inatteignable et nous forcer à nous lancer à la recherche de ce plaisir.
Les idées naissent de tout et sont tout.
Et mon idée à l’instant portait le nom d’un instrument de musique. Je voulais entendre de nouveau cette flûte, je voulais m’abreuver de ses notes, je voulais la voir, non la sentir, car je n’étais pas assez Monsieur pour ça.
J’avais dépassé la coursive, je grimpai rapidement à bord de l’étuve qui s’apprêtait de nouveau à partir et je le cherchai des yeux.
Je découvrais une nouvelle sensation encore. Je la nommais « espoir », car c’est celle qui correspondait le plus à la vague idée que j’en avais dans mes registres personnels.
Je crois que je ressentais une nouvelle émotion encore. Etait-ce la peur ? L’excitation ? La détermination ? La culpabilité ? Je n’en savais rien et je décidai de remettre à plus tard son identification.
Puis je l’entendis de nouveau. Cet air aigu, cette musique que j’avais déjà entendue.
J’avançai de quelques mètres à l’intérieur de l’étuve, bousculant malencontreusement quelques passagers et rapidement, je me retrouvai de nouveau devant lui de nouveau. Le vieil homme était encore affalé dans un siège, une écuelle à ses pieds qui contenait à peine quelques pièces, le bout de la flûte entre ses lèvres et ses doigts jouant instinctivement de trou en trou comme un ballet sensoriel où chaque membre décrivait une courbe dans l’espace dont les destinations semblaient prédéfinies. J’admirai sa prestance musicale avec tant de gaieté que j’en venais à croire que c’était la musique qui était en train de me transformer.
Il cessa de jouer quand il me vit approcher et baissa les yeux.
- Non. Continuez de jouer. S’il vous plaît.
- Oh… c’est encore vous, fit-il, se rendant aussitôt compte que je n’étais pas n’importe quel robot.
- Oui. S’il vous plaît. Jouez.
Je crus le voir esquisser un mince sourire fatigué et il recommença ses tirades sonores. Je m’accroupis à sa hauteur et l’observait jouer sa musique miséricordieuse. J’écoutai avec tant d’attention qu’on aurait pu croire que j’écoutais mon programmeur, mon créateur ou mieux encore : mon maître.
Mais désormais, j’étais un Monsieur.
Je remarquai sur mes panneaux d’affichage que mon taux d’activité était au plus haut niveau jamais atteint. Mes circuits vibraient sous la musique, l’électricité affluait en moi comme des spasmes d’émotions, des convulsions humaines.
Puis j’eus une idée.
- Je voudrais que vous jouiez une musique pour moi.
Il cessa.
- Laquelle ? me demande le vieil homme, prêt à accorder de l’attention à son seul et nouvel ami.
- Je ne connais pas le titre. Je me souviens de mots.
Et, tentant d’user mon pouvoir de me remémorer les choses au mieux, je me lançai du mieux que je pus :
“L is for the way you look at me,
La première phrase m’était revenue avec tant de facilité que le reste en découla avec une aisance qui me rassura.
“O is for the only one I see,
“V is very, very extraordinary,
“E is even more than anyone that you adore can…”
Et à ce moment là, de sa flûte il joua l’air correspondant à cette musique qu’il devait très probablement connaître. J’enchaînai ensuite sur ses notes qui sonnaient à mes oreilles métalliques comme bénéfiques pour moi, du mieux que je pus.
“Love is all that I can give to you,
“Love is more than just a game for two,
“Two in love can make it…”
Soudainement, il cessa de jouer, l’étuve se mit à ralentir et avec ça, une sorte de vrombissement sonore qui ne présageait sans doute rien de bon.
Les portes s’ouvrirent et une troupe de robots de classe M s’engouffra dans le bâtiment de transport avec la rigidité qui leur était due. La classe M était celle des robots d’exécution d’ordres militaires.
Ils s’approchèrent de nous et le premier d’entre eux saisit le mendiant par le bras et le força à se relever.
- Partez, sur le champ ! ordonna la machine cruelle.
- Lui glapit un « bien » de soumission et partit sans demander son reste.
Pourtant, avant de quitter l’étuve, mon regard s’attarda sur lui et je le vis me lancer un dernier signe de main ainsi qu’une moue malheureuse.
C’était un adieu. Mon seul ami venait maintenant de disparaître au détour d’une étuve de transport.
- Robot ST20, vous êtes accusé de désobéissance envers votre maître. Sur ordre de sa part et de l’instance robotique, vous allez être désactivé, reprogrammé et réinitialisé.
Tout le monde nous observait d’un œil inquisiteur. Le monde m’apparaissait maintenant comme une unique bête curieuse malade d’envie de voir la souffrance s’établir dans la vie des autres mais certainement pas sur soi.
Je ne connaissais pas la souffrance. Ni même la vie.
Mais je n’avais aucune envie d’être réinitialisé.
Pourtant, je ne vis hélas pas la matraque chargée d’énergie qui s’abattit sur moi à une vitesse si folle que je sombrai de nouveau dans les ténèbres.
Quelque chose sembla survivre quelques instants. Le temps pour moi de faire mes adieux à mon propre cœur. A ce que j’avais découvert. A la folie mécanique qui s’était emparée de moi.
Ma dernière pensée alla au fait que j’avais été, quelques instants durant, un Monsieur qui avait découvert l’Amour.
L’Amour de la musique.
Et ma conscience se volatilisa lentement sur un dernier air.
“L is for the way you look at me,
“O is for the only one I see…”
“… V is very, very extraordinary,
“E is even more than anyone that you adore can…”
Les derniers soupirs d’un songe désuet. Les murmures intemporels d’un esprit confus. De funestes pensées errantes dans un labyrinthe lugubre. Un labyrinthe aux parois étroites et aux galeries si profondes…
“Love is all that I can give to you,
“Love is more than just a game for two…”
L’éveil.
Une lumière rouge m’apparut alors. Et tout alla très vite. Ce son que j’entendais…
Ali Julien - extrait, Les Métalliques.
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07.10.2010
La rétrospective de Sir Arthur Cunningham
J'ai pas relu. Ca doit être plein de fautes. Et puis je suis fatigué aussi. Je m'en occuperai plus tard. En tout cas, voici la quatrième nouvelle de mon recueil en préparation : Les Métalliques.
La rétrospective de Sir Arthur Cunningham.
Quelque part, sur Aaria. La planète officiellement déclarée capitale culturelle de la galaxie. Avec ses quelques quatorze mille deux cent vingt et un musées, ses cinq cent mille monuments et une quantité infinie de livres répertoriés, il s’agissait là du plus considérable des trésors que l’on pût trouver au gré des sillons de l’Espace. Les réserves de la planète contenaient des antiquités qui pouvaient remonter jusqu’au troisième, voire jusqu’au quatrième millénaire pour les plus récents. D’aucuns juraient l’existence de caves interdites et profanes qui contiendraient des objets remarquables bien plus anciens encore, mais il était fréquent de constater, dans le milieu de la recherche artistique, un amusant alliage de superstition, mythes et autres fariboles toutes hautement improbables les unes que les autres.
Le prestigieux musée de L’Ebène Fauvier, en hommage à l’architecte, accueillait aujourd’hui la plus éminente surprise de ce siècle. Enfin, c’était surtout ce que la publicité pompeuse qui passait en boucle sur les écrans de toutes les planètes proche offrait comme mise-en-bouche. Nul ne savait réellement à quoi s’attendre ; et tous savaient dans un coin de leur esprit qu’il n’y aurait que les plus fiers admirateurs baroques pour s’y intéresser. Soit une majeure partie de la population d’Aaria.
Devant le bâtiment somptueux à l’architecture compliquée et propre, un parc aux dimensions surestimées accueillait quelques trois centaines de visiteurs, dont leur curiosité avait été si bien appâtée que certains avaient même dû s’offrir un voyage en astronef de transport commun pour parvenir sur la planète. Qui, toutefois, était même plus qu’un simple centre culturel, mais un véritable édifice touristique, un monument dont le commerce rapportait bien assez de fonds pour toujours persévérer dans la recherche d’objets antiques et augmenter le capital monétaire des musées. Les collectionneurs et les conservateurs s’enrichissaient autant que la valeur des objets qu’ils exhibés devant des multitudes d’yeux curieux, fugaces, mélancoliques, rêveurs et sarcastiques augmentait.
Ce matin-ci, le peuple attendait. L’on dénombrait des centaines de hauts-de-forme, de cannes, de robes estivales qui voletaient au rythme de rires prétentieux ou de discours pédants. Puis un grand fracas qui ne leur avait rien d’étranger les fit quelque peu sursauter et tous se retournèrent, extatiques, vers les portes du musée qui venaient de s’ouvrir. Les deux hautes pièces de marbre qui constituaient l’ouverture béante de la gueule culturelle de la planète offraient une si grande sensation d’écrasement qu’à son approche et dans un respect indéniable, les bavardages sonores se muèrent en de discrets murmures et chuchotements.
Le couloir d’entrée était décoré de toutes parts de fanions, de drapeaux représentant les mondes alentours et lointains, de sculptures anciennes faites dans du métal pour la plupart, dans de la pierre pour les plus anciennes dont leur vieillesse était reconnaissable par les stries du temps et de l’Histoire sur leur constitution dérobée, fragile, granuleuse.
Un homme grand et frêle, gringalet de surcroît, vint à leur rencontre. De petites lunettes rondes accueillaient un nez aquilin et sa tête se noyait sous des amas de mèches brunes bouclées et en bataille. Ses vêtements étaient tout ce qu’il y avait de plus ordinaire – ce qui ne manqua pas de provoquer les émois des dames de bonne fortune dont l’accoutrement de l’artiste revêtait largement plus d’importance que la qualité historique des pièces présentées dans le musée. Il prit la parole avec un accent auxquels ils n’étaient peu familiarisé et qui provenait d’une région modeste, quelque part au sud de la galaxie.
- Bonjour, gentes demoiselles, dames de bonne fortune, hommes de bon aloi. Ici, j’eus la chance de pouvoir vous présenter mon humble travail, qui, je l’espère, séduira vos méticuleux esprits versatiles.
Un important pédantisme prétentieux et mesquin se cachait derrière se masque de pruderie et de modestie. Ce qui ne manqua pas de faire rire et de provoquer les simagrées de bien des demoiselles. L’éloquence de leurs mouvement ne manqua pas non plus de faire apparaître sur les lèvres fines et lézardes de l’artiste, un mince sourire amusé, quoiqu’un peu vicieux. Ses yeux chassieux se portèrent sur la cantonade et il insista davantage.
- Entrez, mes amis ! Vous trouverez ici, tout ce qui peut être sujet à nourrir votre réflexion endormie, ou même donner matière à calciner votre imagination de flammes artistiques ! Je les verrai brûler dans vos yeux admiratifs, emplis de l’extase des gens de bonne foi, vous seuls, qui avaient la capacité d’accepter les bonnes choses de notre univers ! Par la Galaxie ! Que l’Espace vous accompagne !
D’un geste éloquent, il réalisa une courbette de bienvenue et les invita à s’approcher. Tous, passant près de lui, lui lancèrent des regards de grâce et de respect, certaines femmes allant jusqu’à minauder pour se faire remarquer, mais il n’y tint pas plus attention que ça.
Le long du couloir se distinguait des autres musée par un toit en forme d’une voûte ovale qui se prolongeait jusqu’à la salle principale. De parts et d’autres, de nombreuses petits salles abritaient les œuvres du dénommé Sir Arthur Cunningham. La première pièce présentait une architecture complexe et torturée, des amas de métaux entrelacés semblaient vouloir s’extirper de leurs emprises mutuelles. On distinguait clairement de légères nuances de couleur entre chaque type de métaux différents ; il était intéressant de noter que certains provenaient de régions stellaires si peu connus qu’il était inexpugnable de ne pas reconnaitre en l’artiste une recherche profonde et une culture peu semblable aux individus de la cour présents ici.
Et cela continuait de plus belle pendant de longues demi-heures d’attente pour Sir Arthur qui commençait sérieusement à trouver le temps long. L’expression « la cerise sur le gâteau », bien qu’il lui fût difficile d’imaginer ce que cela pouvait bien vouloir dire – expression de sa connaissance qui datait, d’après les livres anciens, au français ancestral – allait se présenter la salle suivante. Il ardait d’impatience de leur dévoiler, à tous, son plus grand chef d’œuvre ! Car outre ses nombreuses sculptures, ses tableaux sur toile magnétique et autres fariboles artistiques de sa conception – dont il devait avouer une fierté imprenable pour chacune – il ne pouvait s’empêcher de les ignorer toutes pour concentrer son unique regard inquisiteur sur sa plus grande création. Qui surprendrait bien des masses. C’était entièrement décidé : il irait jusqu’à l’emmener jusqu’aux mondes alentours, voir jusqu’à la capitale de la Galaxie.
Ses rêves de grandeur, parfois d’inspirations mégalomaniaques, s’éteignirent quand il se rendit compte que les premiers visiteurs avaient ignoré les dernières salles pour se diriger immédiatement vers l’autel, au centre même du musée d’où découlaient ensuite toutes les ramifications jusqu’aux galeries permanentes et autres trésors inestimables de temps anciens et récents.
Il pressa le pas non sans conserver son allure noble. Ses mèches brunes rebelles lui entravaient parfois la perception et il les dégageait rapidement d’un geste de la main désinvolte. Il dépassa les visiteurs qui s’esclaffaient encore de son apparence de fou-furieux et se planta devant une petite estrade surmontée d’un grand drap rouge sang qui recouvrait ce qui apparaissait en tout point comme une silhouette humanoïde. Il attendit quelques instants que d’autres viennent se joindre au groupe et, quand il fut certain d’avoir attiré assez de monde, il prit sa décision. Un nouveau et large sourire vint s’ajouter au palmarès de la bonne humeur artistique dont il faisait preuve depuis le début.
Son cœur battait plus rapidement. La chamade dans son corps le transcendait jusqu’aux organes internes les plus confus. Une sensation diffuse, chaude, se répandit en lui. Un mélange de satisfaction, de peur et de joie se mêla dans son esprit – qu’il cacha en tapinois, évitant de paraître trop émotif aux yeux de son public. Nul besoin de grandiloquence, cette fois-ci. L’éloquence suffira.
- Mes gentes dames, messieurs, j’ai l’honneur de vous présenter ma dernière œuvre – et également celle qui revêt le plus d’importance dans cette collection. (Son cœur battit plus fort encore.) Je vous présente (il se mit à haleter) le Survivant !
A son nom, la perplexité gagna un bon nombre de consciences. Et d’un geste sec, il tira sur l’épais drap rouge, révélant ce qui avait comblé le sens artistique de Sir Arthur Cunningham. Des Oh ! d’étonnement frappèrent la cantonade comme selon ses espérances, mais le silence vint les remplacer immédiatement.
Cette fois-ci, personne n’acclama. Tous se turent, contemplant la création incongrue.
Un robot de classe S de l’antépénultième génération se tenait là, inerte, debout, inanimé par la vieillesse de son modèle et de ses facultés maintenant obsolètes. Sa face n’était que deux orbites ovoïdes pour les yeux et une ouverture mince en guise de bouche. Fermée, en vu de sa certaine désactivation. Son buste, ses bras, ses jambes et ses pieds métalliques s’étaient vu dégradé leur couleur grise par des traces sporadiques de peinture de différentes couleurs, ici et là. Du vert, du bleu, du rose, de l’indigo, du turquoise, du pourpre, de l’orange, du klein et du rouge se battaient sur les membres de son corps en des entrelacs compliqués, des formes enchevêtrées venaient s’enrouler autour d’une jambe et se terminer vers le bassin, tandis que des courbes grossières se disputaient jusqu’à former une spirale sur son buste. Son visage n’avait pas été épargné par l’artiste et avait subi un sort rougeâtre étrange et dont la signification semblait difficile d’accès même pour les moins obtus. Et, de la même façon que cette œuvre présentait un caractère original qui n’avait pas été sur la scène depuis des décennies, le robot, tant ancien que sa présence même était une sorte d’aberration, se mit à cliqueter. Des spasmes de surprise parcoururent l’assistance et tous retenaient leur souffle. Le spectacle qu’ils offraient était semblable à celui d’un prestidigitateur qui exécuterait son tout dernier tour.
La bouche mécanique s’ouvrit avec une sorte de lenteur calculée, prévue par l’artiste qui s’était éclipsée dans un recoin de la salle et dont le regard inquisitorial se promenait sur chaque faciès surpris et dont les curiosités se manifestaient par de multiples mouvements observables. Il décida d’utiliser ces gestes inconscients directement issus de leur psychologie personnelle pour en tirer la matière de sa prochaine collection. Puis il chassa rapidement cette idée et se concentra de nouveau sur son œuvre.
Certains faciès adoptaient une bouche semblable à celle du robot tant ils en étaient béat, provoquant un léger rire, subtil, de Sir Arthur.
Et la machine humanoïde prit la parole.
« Bonjour à tous, visiteurs. »
Sa voix avait la clarté de celle que l’on reconnaissait chez les plus brillants orateurs. Un ton pourtant froid. Glacial. Prompte et respectueux. La mécanisation de son système vocal était indécelable à l’ouïe – et Sir Arthur s’en félicitait.
« Je m’appelle Siimac Avaso. Je suis un Robot de classe S, section d’infanterie. Cinquante-quatrième génération. Numéro de série BZX-8279-17-S. J’appartiens au très respectueux Sir Arthur Cunningham, troisième du nom. Je suis l’œuvre d’art qu’il a intitulé « Expansivité ».
Un léger silence éloquent paralysa la salle quelques secondes. Le robot, les yeux dans le vide, se tut et ne semble pas même leur accorder un regard. Puis quelque chose s’embrasa. De légers clapotements de mains vinrent conjurer le silence, leur admiration éclatant par la surface de leurs paumes. Tous se joignirent au mouvement et scandèrent un fracas sonore éprouvant tant la surprise était totale. Il fallait avouer qu’ils en avaient presque tous oublié, voire ignoré les traces de peinture superflue sur le corps métallique de la machine, délaissait le contenu sémantique incarné dans leur fusion au gris clair. Traces sèches apposées par un esprit malicieux. Expressions tourmentées d’un génie mélancolique. Son sourire ne s’effaça pas quand il vit que quelques visiteurs, qui semblaient moins attentifs, l’observaient, lui, l’artiste.
Alors soudain, les yeux de la machine s’animèrent, vivants. Ils se mirent à observer à droite, à gauche, en bas, en haut, puis se recentra sur le devant de la scène, scrutant intensément chaque visage humain qui le dévisageait comme la bête de foire qu’il était à cet instant.
« Cela vous amuse-t-il convenablement ? » déclara-t-il d’un seul coup sur un soudain ton de reproche. « Cela vous amuse, de contempler quelqu’un badigeonné de peinture ? »
La foule se tut soudainement. Quelques derniers rires s’éteignirent et tous les sourires fuirent. L’ensemble du public gardait des yeux ronds comme des soucoupes sur l’œuvre qui avait osé leur reprocher l’amusement candide dont ils avaient fait preuve à sa vue.
« Oui, rions du robot ! Après tout, ce n’est jamais rien qu’un bout de métal – qui plus est, avec des taches de peinture sur le corps ! Vous n’êtes que de pauvres esprits mercantiles et damnés qui n’ont aucune réelle valeur de la signification du mot “art“. A un point tel que vous n’y auriez même pas droit, en d’autre temps. Lesquels d’entre vous se sont interrogés sur les couleurs présente sur mon corps de métal ? Lesquels d’entre vous ont pensé aux significations investies dans ces courbes ? Qui d’entre vous a prit la peine de s’interroger sur la signification d’une des sculptures présentée ci-avant dans le couloir ? Que celui qui ne correspond pas à mon blâme me jette la première pierre. »
Pas un ne bougea. Des murmures scandalisés commencèrent à secouer les oreilles du peuple. S’en rendant compte, Siimac Avaso renchérit de plus belle.
« Vous vivez sur la capitale de la culture galactique mais pas un n’est capable d’apprécier une œuvre d’art à sa juste valeur. Vous n’êtes tout juste bon qu’à regarder et vous accommoder l’œil de ce que vous regardez. Ces derniers millénaires, l’art a fait tout le chemin contraire à celui que vous prétendez. Vous n’êtes pas dans l’apogée, vous vous enlacés dans une déchéance telle qu’il m’est abjecte de la constater ; si vomir je pouvais, c’est sur vous que se répandraient mes haines gutturales et mes haleines rancunières. La peine que j’éprouve en vous regardant est incomparable. Quand je sonde vos regards, je n’y trouve que des coquilles vides ; des corps vides de créativité qui s’ébahissent devant ce qu’ils ne pourraient refaire ou décrire, devant ce qu’ils ne comprennent pas et ne comprendront jamais. Ah ! décadence infortunée ! Tu t’es emparée des mondes lointains des espaces qui nous entourent et voilà que tu considères ces créatures comme les bêtes qui te font curieuse. Art, tu n’as plus rien d’indécent, tu ne choques plus ni n’ennuie, on s’atermoie sur ton sort tandis que pleurent les artistes de bon cœur – combien existeraient-ils encore ! »
Tout en s’exprimant, Siimac réalisait de grands gestes, battant l’air avec ardeur. Son discours aurait pu s’apparenter à un soliloque délirant, au monologue théâtral d’une pièce que l’on aurait rendue robotique. Mais ils étaient directement concernés et tous s’accrochaient aux paroles insultantes mais détentrices de lourdes vérités du robot qui, à leurs yeux, perdait graduellement sa valeur d’œuvre d’art.
Soudain, il descendit de l’estrade et s’avança vers eux. Ses yeux étaient déterminés. Graves. Quelques uns cherchèrent du regard l’artiste mais celui-ci avait disparu. Ils en vinrent à penser que son projet avait dégénéré et qu’il avait eu une conduite pusillanime.
Siimac Avaso empoigna brutalement un homme doté d’une petite moustache parfaitement bien lissée et coiffé d’un chapeau extravagant. Il se mit à pousser des glapissements de peur quant à ce qu’il allait subir. L’œuvre d’art le traîna devant l’estrade, silencieux. Le public consterné observait d’un œil apeuré les agissements du robot fou. Ils ne remarquèrent qu’à son absence le petit pot posé au sol qui semblait attendre là.
Peu y songèrent, mais tout avait été programmé.
L’œuvre d’art plaça l’homme au centre de l’estrade. Il n’osait se débattre davantage, ni même fuir, tant la peur et la surprise s’étaient emparés de lui. Son accoutrement baroque ne lui apporta rien de plus que la crainte de le voir abimé.
Siimac saisit le pot et sans un mot, aspergea l’homme de son contenu. Recouvert de peinture rouge vive, il lui jeta un regard empli d’effroi et d’étonnement. Un « oh ! » de stupeur frappa l’assistance au vu de l’acte déshonorant que le spectateur avait dû essuyer. Devenu la bête de foire, il tremblait de tous ses membres, n’attirant plus aux yeux de ses pairs d’un pathétique évident.
La salle replongea dans le silence. C’était à croire que l’on aurait pu percevoir le son des gouttes de peinture s’écrasant sur le sol froid qui s’écoulaient du corps incarnat tremblotant de l’homme âgé. Le regard du robot était plus froid que jamais. Il dévisagea la cantonade et s’adressa de nouveau à eux d’un ton si glacial qu’on aurait pu le croire plus hostile qu’il ne semblait déjà l’être.
- Voyez, je viens, devant vos yeux, de transformer cet homme en œuvre d’art. Car pour vous, tout ce qui est susceptible d’être peint est immédiatement à considéré comme œuvre. Ce rouge qui coule dans son corps, quel sens lui donner ? Que penser de lui ? Pauvres de vous qui ne comprenez rien à rien ! Peste soit l’empyrée au dessus de vos têtes, qui vous protège et vous nourrit ! Car de toutes les richesses de l’univers, vous n’en méritez pas le tiers. Vous qui vous pavanez avec vos mitres, vos atours baroques et vos allures extatiques. Vous voici rabaissé à ce que vous êtes vraiment, à ce qu’il est lui ! Des coquilles rouges.
D’un geste éloquent, il invita le messire noyé sous la peinture à quitter l’estrade. Siimac reprit sa place initiale et sans plus de prolixité, s’immobilisa, inerte, yeux ouverts dans le vague, n’observant ni ne réfléchissant. Son spectacle était fini.
Des murmures parcourent la foule, puis des réclamations, des acclamations, des injures et des prises de conscience. Quand soudain, quelqu’un prit la parole avec un volume un tantinet plus élevé que les autres.
- J’ai… j’ai compris ! Ce qu’on veut nous signaler, c’est que l’art doit nous délivrer des émotions ! Et cette œuvre, par son discours étrange et incongru, a voulu nous offrir la honte, les remords et, sans doute, de la colère. C’est vraiment une œuvre d’art !
De nouveaux murmures, d’approbation cette-fois ci, prirent naissances sur le bout de leurs lèvres.
- Mais oui, il a raison ! C’était une mise en scène extrêmement bien joué. J’y ai presque cru.
- Ah ! Où est l’artiste, que nous le félicitions ?
- Quel discours ! Quelle force d’expression ! Quel… progrès !
Des cris de ravissement, d’émerveillement les parcouru de nouveau, oubliant aussitôt ce qu’ils venaient tout juste d’entendre. L’homme dont le costume était tout taché de rouge eut plus de mal à se réjouir de ce qu’ils tenaient pour de la mise en scène, mais l’avis allant bon train parmi tous, il ne prit pas longtemps à rejoindre leur pensée.
Leurs expressions de contentement diminuèrent lentement et le mouvement continua dans un long couloir bordé de nouveaux tableaux, sculptures et autres pirouettes artistiques.
Derrière une porte destinée aux artistes et au personnel du musée, Sir Arthur Cunningham patientait. Alerte, le moindre bruit le fit sursauter. Un léger craquement vrombit dans ses oreilles ; faisant volte-face, Siimac Avaso se tenait devant lui, un chiffon à la main, tentant de se débarbouiller des tâches de peinture qui ornaient son corps de façon calculée – mais sans aucune valeur sémantique.
- J’ai fais ce que j’ai pu, annonça-t-il de sa même voix quasiment indifférenciée d’un véritable être humain.
- Je sais… nous avons beaucoup travaillé sur ce discours. Mais je crains qu’il n’ait pas accomplit notre objectif.
- En effet. Ils ont pris pour ça pour une mauvaise blague. Une fichue œuvre d’art oratoire. Je crains que le reste de notre collection ne soit destinée qu’à être appréciée par des esprits si faibles que j’en pleurerais si je le pouvais.
Morose, Sir Arthur s’approche de lui et lui posa une main compatissante sur l’épaule. Son air sinistre de pédant prétentieux avait disparu.
- J’en suis infiniment désolé pour toi aussi, Siimac. Je crois que le moment n’est pas encore venu pour leur déclarer que la moitié des œuvres ici sont de toi. Ils n’y réagiraient pas plus que le discours les a sensibilisé.
- Ca m’est égal. Je préfère encore conserver mon statut de robot – et d’œuvre sous ta main. Plutôt qu’être jugé par une foule de dilettantes dégénérés.
Las, Sir Arthur soupira.
- Comme je te comprends, mon ami.
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| Tags : isaac asimov, la rétrospective de sir arthur cunningham, ariaa, ébène fauvier, siimac avaso, les métalliques |
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06.10.2010
Journal (4)
Mardi 4 octobre 2010.
Chaque photo ayant pour objet un carroussel en mouvement sera toujours unique. Quels que soient le nombre de clichés, chaque photographie capturera une petite parcelle de son mouvement et de ses objets, les emprisonnant, unique, dans un format numérique. Il faudrait photographier en rafale un manège pour tenter d'obtenir des photos presque identiques, mais le mouvement créera toujours une différence. Pour peu que le manège se situe en bord de route, les passants, les enfants montés à cheval sur les objets tournant, les éléments environnants de la rue et les quelques feuilles automnales qui virevoltent devant l'objectif ne feront que rendre la photographie unique. Et cela sans différence de carrousel quelque soit leur pays d'origine. Tous les carrousels tournent, et tous les carrousels méritent d'être observés.
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